PUERTA GAYOLA


Si l'on veut aller au fond des choses, la puerta gayola peut être interprétée comme un avoeu d'impuissance de la part d'un torero qui se sent obligé d'attirer l'attention, de forcer le respect ou la chance, voire de se mettre dans l'obligation, après un tel départ empreint de panache, de continuer ensuite sur le même ton.

Depuis le début de la feria d'avril, quatre figuras sont allés a puerta gayola : Juli le dimanche de résurection, Manzanares au final de son encerrona, Castella deux fois et Talavante hier. Morante, lui, l'avait fait voici quelques années, quand il avait senti le désamour de la Maestranza au terme d'une feria en demi teinte. Mais hier, il n'a pas jugé utile de suivre la tendance.

Ses armes, chacun le sait bien, sont d'un tout autre calibre et de bien plus longue portée, car lorsqu'il est inspiré, ou à l'aise, ou décidé, ou motivé (rayer les mentions inutiles), c'est dans le toreo fondamental qu'il puise les arguments aux côtés desquels toutes les puertas gayolas du monde ne sont que de pâles succédanés.

Hier, donc, Morante a toréé, et avec une simple demi véronique il a balayé tout ce qui s'était fait avant, et rendu caduc tout ce qui sera fait après, à moins que ne sorte enfin un grand toro propre à mettre en valeur un torero méritant.

Le plus admirable est que Morante a fait chavirer la Maestranza face à deux adversaires sans fond ni race, dont la beauté de son toreo profondément classique a masqué toutes les carences, et rappelé ses devoirs au si versatile public sévillan, coupable à diverses reprises depuis plusieurs saisons, et encore cette année, d'avoir cautionné de pâles dérives du toreo profond, travesties en gestes par la puerta gayola.

André Viard