KITCH SÉVILLAN



Comme beaucoup d'entre vous sans doute, tout en travaillant, j'ai écouté hier la retransmssion radiophonique de la corrida de Manzanares à Séville. Je laisse bien sûr à René Philippe Arneodau qui lui y était le soin de vous la raconter, mais je ne puis m'empêcher de vous faire part de mes impressions auditives.

Ayant pendant quatorze ans pratiqué moi-même l'exercice, je connais parfaitement les difficultés du genre. Faire vivre à des milliers d'auditeurs un spectacle essentiellement visuel n'est pas tâche facile, et le meilleur moyen d'être fidèle à la vérité - et à soi-même - est de raconter exactement ce que l'on voit.

Dés lors que d'autres impératifs ou intérêts entrent en ligne de compte, le risque est grand de tomber dans un esprit partisan, de travestir la réalité et d'induire en erreur ceux qui vous font confiance. Le meilleur moyen d'éviter ce travers est bien sûr de multiplier les intervenants, ce qui permet de donner à l'auditeur une diversité d'opinions, lesquelles correspondent à celles que l'on trouve au sein de l'aficion.

Le risque, bien sûr, est double : dans un sens, tomber dans la critique destructrice et systématique, dans l'autre survendre un non évènement. À Séville hier, c'est bien sûr dans ce second travers que l'on est tombé allègrement et de manière prévisible, en cachant systématiquement les échecs successifs de Manzanares face à divers toros, et en s'enthousiasmant au-delà du raisonnable pour la dernière faena. Mais en début de retransmission, les intervenants ne s'étaient-ils pas laissés aller à prédire que le torero allait couper au moins six oreilles !

Les videos qui ne manqueront pas d'être publiées - probablement expurgées de tout ce qui n'ira pas dans le sens du triomphe historique auquel on veut nous faire croire -, permettront tout de même de se faire une idée de ce que l'on a voulu cacher.

Avec les caméras de télévision dans l'arène, pareille manipulation eut été bien sûr impossible. Mais finalement, avec les caméras de télévision présentes dans les arènes au début du XXème siècle, quel mythe du toreo aurait durablement résisté à une analyse poussée ?

André Viard