TROU NOIR

La cornada reçue par José Tomas à Aguascalientes agit tel un trou noir sur le monde de l'information taurine au point que l'on en vient à se demander si la récente feria de Séville a bien eu lieu.

Il faut voir dans ce phénomène l'incroyable mais très justifié degré de fascination qu'exerce José Tomas sur les médias du monde entier (fascination bienvenue pour l'image de la Fiesta), mais aussi l'abîme qui sépare le premier de tous ses compañeros.

Ce qui est injuste pour eux, dans la mesure où les triomphes du Juli, par exemple, ont été un peu estompés par la succession des bulletins de santé publiés depuis Aguascalientes. Injuste aussi pour Moises Fraile, ganadero d'El Pilar, qui a remporté la plupart des prix à la meilleure corrida de cette même feria de Séville. Et injuste encore pour Sébastien Castella, qui, le lendemain de la cornada de José Tomas et dans les mêmes arènes, a remporté un triomphe important en se "retrouvant" nous disent les chroniques locales.

Tombée au champs d'honneur informatif également, la corrida de Partido de Resina lidiée à Madrid dimanche, laquelle a pâti d'abord de l'absence des principales plumes de la critique espagnole - toujours à Séville - puis de la cornada de José Tomas. Résultat, faute d'espace dans les médias papiers et faute de regard plus aiguisés pour en détailler l'excellente performance, peu d'écho sur une journée qui restera sans doute dans les mémoires comme celle du renouveau des anciens Pablo Romero.

Loin de s'estomper avec les jours qui passent, le phénomène devrait perdurer jusqu'au jour où José Tomas reprendra l'épée, et bien sûr après. Ce qui est légitime du point de vue du torero, mais déstabilisant pour l'ensemble d'un système qui plus que jamais tourne autour de lui en reléguant les autres planètes à quelques années-lumières. Cette même lumière que le propre des trous noirs est d'ailleurs d'absorber.

André Viard