L'ORDRE DES PRIORITÉS

SÉNAT
En approuvant officiellement la résolution qui fait de la Fiesta un Bien d'Intérêt Culturel, la Comunidad de Madrid vient de conclure la première le procesus initié au Sénat fin janvier à l'initiative de l'Observatoire français : désormais, dans la première des régions d'Espagne, la Fiesta est protégée et chaque arène est transformée en sanctuaire qu'aucune attaque ne pourra plus violer sans encourir de lourdes peines.

Mission accompie, serait-on tenté de dire, au nom de tous ceux qui ont appuyé cette démarche malgré l'avis de quelques uns qui, inversant l'ordre des priorités, n'ont eu de cesse de la dénigrer sans pour autant proposer de stratégie alternative crédible.

Critiquer est facile, surtout lorsque l'on ne fait rien, et il est d'ailleurs symptomatique que même la décision officielle de la Comunidad de Madrid soit la cible de ceux qui, inversant l'ordre des priorités, s'entêtent à penser que c'est exclusivement par la qualité du spectacle que la Fiesta sera sauvée.

Reste à définir le concept de qualité. Et au passage, depuis le temps qu'ils prêchent sans aboutir à imposer leur point de vue, peut-être serait-il sage de leur part de se demander quel poids réel pèse leur avis et quel pouvoir, à part celui de nuire, ils ont été capables d'exercer sur une aficion beaucoup moins endoctrinée qu'ils ne le souhaiteraient et beaucoup plus clairvoyante qu'eux-mêmes quant à la marche à suivre.

Celle-ci est pourtant limpide : avant de réformer ce qui doit l'être - mais à ce sujet les avis sont partagés et je ne crois pas qu'un jour l'unanimité se fasse - encore fallait-il bâtir une muraille infranchissable qui permette au débat interne d'avoir lieu sans que ne plane la menace permanente d'une abolition que trop de passivité - et trop de querelles internes - avaient rendue, sinon possible, du moins envisageable, comme le cas de la Catalogne l'a démontré.

Grâce à l'action, entre autres, de l'Observatoire, c'est désormais chose faite dans la capitale mondiale du toreo. Ce le sera aussi bientôt dans de nombreuses autres régions d'Espagne, et il est à prévoir que le gouvernement, comme Angeles Gonzalez Sinde, ministre de la culture du gouvernement Zapatero, l'a sous-entendu hier, ne fasse suite dans un avenir proche aux demandes concordantes de diverses comunidades et ne prenne à son tour en charge la demande d'inscription auprès de l'UNESCO.

En attendant, première conséquence pratique pour l'économie de la Fiesta, son régime fiscal devrait bientôt changer avec l'application de la TVA culturelle à l'intérieur de la Comunidad madrilène. Ce qui, chacun en conviendra, ne peut qu'aller dans le sens d'une amélioration du spectacle. Deuxième conséquence : avec l'adoption de ce nouveau statut, aucune ILP ne sera plus possible et il est significatif que dés son annonce officielle par Ignacio Gonzalez, vice président de la Comunidad, le Grupo Animalista de Madrid a déclaré à l'agence Europa Press que l'importation à Madrid de la procédure suivie en Catalogne n'était plus viable et qu'elle pourrait au contraire servir à renforcer la Fiesta au lieu de l'abolir.

Ce constat d'échec dressé par les abolitionnistes eux-mêmes aidera-t-il ceux qui n'ont eu de cesse de critiquer les actions de l'Observatoire à comprendre que celui-ci est dans le vrai ? Je ne le crois malheureusement pas, tant le degré de haine qui suinte de leurs propos montre à quel point il ne s'agit plus d'une position de principe mais d'un problème de personne. Aussi pitoyable soit-elle, telle est la triste réalité à laquelle nous sommes confrontés.

André Viard