DERNIER BRINDIS

miquel
Pierre Miquel recevant le brindis
de Juan Bautista à Eauze en 2008
Avec le décés de Pierre Miquel survenu après ceux de ses amis Charly Forgues, Paul Barrière et Pierre Molas, se tourne presque définitivement la page d'une génération qui anima le monde taurin aquitain des années soixante au début des années quatre-vingt dix, époque bienheureuse où pour la culture taurine il ne s'agissait pas encore de revendiquer ses droits, mais seulement d'être vécue avec passion. Ce que le dernier de ces aficionados à l'ancienne fit tout au long de sa vie.

Président de corridas à Dax, Bayonne et Mont de Marsan, il fut à l'origine de la construction des arènes de sa ville d'Eauze dont, brique après brique, il suivit l'éclosion, une tribune d'abord, puis l'autre, jusqu'à devenir celle que nous connaissons et dans laquelle, grâce à sa ténacité, se produisirent toutes les figuras.

Miser, à deux pas de Vic, sur l'option torerista chère à son coeur de fidèle abonné de la Maestranza, ne fut pas le moindre des paradoxes d'un personnage attachant dont la gentillesse ne semblait jamais devoir être prise en défaut, même sous le feu des broncas les plus sévères. Car durant son étape de président, plutôt que de faire de la peine à ses amis toreros, Pierre Miquel préféra toujours donner l'oreille de trop.

Un peu de la mémoire taurine aquitaine disparaît avec lui, mais il n'est pas déplacé de dire que cette forme de paternalisme débonnaire qui caractérisa ceux de sa génération n'est déjà plus de mise depuis longtemps. Au temps des haussements d'épaule quand on évoquait - déjà - les anti taurins, a succédé celui d'une nécessaire prise de conscience. La qualité d'aficionado y perd beaucoup de son charme - qui n'aimerait n'avoir d'autre sujet de discussion que la longueur de charge de tel ou tel toro ? - mais elle y gagne sans doute sur un autre plan : cette plus grande implication qui fait désormais de tout aficionado un militant débouchera, je le pense, sur un sentiment d'appartenance plus grand encore, ce qui sera bénéfique pour notre culture à long terme et permettra de l'enraciner plus profondément.

À la génération de ceux à qui incombe aujourd'hui le devoir de montrer le cap à suivre, appartient aussi le devoir de ne rien oublier, afin que pour les générations d'aficionados futures l'avenir soit davantage apaisé.

André Viard