OVALE

Le spectacle tauromachique s'accomode-t-il toujours des règlements contraignants dans lesquels on souhaite l'enfermer, ou devrait-il plutôt octroyer une plus grande liberté à ses acteurs pour déboucher sur de nouveaux espaces ?

Vaste débat que n'aidera pas à résoudre la corrida concours arlésienne d'hier, marquée surtout par des conditions climatiques désagréables, la présence d'un public attentif et prêt à s'enflammer, mais aussi par les difficulté présentées par tous les toros dont aucun ne posséda le brio de certains de ceux lidiés en septembre dernier.

L'hiver, avec ses inondations, son froid et ses mois passés dans la boue, a donc finalement passé facture, malgré un lot de présentation irréprochable mais au moral peu coopératif.

Une fois de plus, le jeu des chevaux de la cuadra Bonijol permit au tercio de piques d'être le moment fort de l'exercice, même si aucun des toros n'aida ceux-ci en s'engageant au-delà du minimum syndical que les aficionados sont en droit d'attendre des représentants de ce type de ganaderias. Dans les troupeaux toristas non plus on n'est pas à l'abri du coup de mou.

Cela fut particulièrement visible chez le toro de La Quinta, visiblement handicapé par une cornada interne reçue à l'embarquement, ou chez un Dolores Aguirre sans feu ni flamme et d'une banalité extrême. Pas mieux pour le frère du grand Clavel Blanco de Guardiola, quant au toro de Samuel Flores il dédaigna de toute sa hauteur le picador et sa monture.

Finalement, les deux toros les mieux conformes à leur pédigré furent le Prieto de la Cal, monumental de présence lors de sa sortie en piste, mais trop conformiste sur la cavalerie et intraitable ensuite, et le joli Flor de Jara qui bougea beaucoup, pas toujours de manière docile, mais en apportant en piste l'émotion du combat. Il offrit beaucoup de passes, certaines plus aisées à prendre que d'autres, mais ne fut peut-être pas toujours compris.

Qu'aurait-on pu faire pour améliorer les conditions de lidia prévues par le règlement ? Éloigner davantage le groupe des toreros de la tête du cheval de piques afin que les toros se laissent mieux mettre en suerte que ce ne fut le cas, pour une raison simple : l'ovale de l'arène fait que les toreros sont plus prés du toro que ne l'est celui-ci du cheval au moment où le premier est face au picador, ce qui explique les difficultés rencontrées pour en fixer plusieurs.

Cela peut paraître un détail sans importance qui ne joue que quand les toros ne possèdent pas la fixité suffisante pour s'intéresser à la bonne cible, mais on peut toujours penser que si les toreros n'avaient pas été placés là, deux tercios au moins auraient été moins heurtés et qu'on aurait évité de multiples capotazos. Malheureusement il n'y a aucune solution, à moins de demander aux toreros de sortir de piste ce qui laisserait le picador sans protection. On peut donc juste regretter que quand ils construisirent l'amphithéâtre, les romains n'aient pas envisagé qu'un jour sa forme poserait problème. On ne peut pas penser à tout.

André Viard