60%

Acceptons-en l'augure sans y accorder trop d'importance : même s'il nous est favorable, le "sondage" réalisé par un quotidien catalan peu enclin à aider la Fiesta et qui nous donne largement gagnant ne veut pas dire grand chose.

60% et des brouettes penseraient donc en Catalogne qu'il ne faut pas abolir la Fiesta. Tant mieux, même si ce genre de sondage ne veut pas dire grand choses dans la mesure où il ne repose sur aucun panel scientifique sérieux et si pour quelques clics de plus le résultat peu s'inverser.

Nous avons assez dénoncé ce genre de sondages bidons pour ne pas aujourd'hui tomber dans pareille manipulation des âmes et des consciences. S'il a quelque importance aux yeux des députés catalans qui prennent quotidiennement le poul de l'opinion, tant pis pour eux et tant meux pour nous. Mais ne soyons pas dupes.

Même s'il confirme un autre sondage réalisé dans des circonstances similaires, c'est à dire sur la base du volontarisme, par la Sexta de Télévision, selon lequel, sur la totalité du territoire espagnol, 68% des citoyens seraient opposés à l'abolition, il ne servira, comme ce fut le cas de ce dernier, qu'à alimenter un débat vicié par des intentions ayant peu de rapport avec la passion taurine.

Autrement dit, il n'alimentera vraisemblablement qu'un débat à visées politiques, confirmant par la même occasion que c'est bien à ce niveau que tout se joue, même si certains aficionados préfèreraient que l'avenir de leur culture se règle à un autre : celui des valeurs que nous avons tous en commun, celles-là mêmes que les antis abhorrent.

La caste des toros et le courage des hommes sont en effet des arguments bien vils à leurs yeux, et je ne suis d'ailleurs pas certain que ce soit en les mettant en exergue que l'on convaincra l'immense majorité silencieuse de ceux qui se fichent bien pas mal que la corrida existe ou pas. Ce qui n'empêche pas de le faire, ce à quoi je m'emploie à longueur d'opus de la revue, sans avoir la prétention pourtant de convaincre les incroyants, mais en ayant plutôt l'impression d'écrire pour renforcer nos propres convictions.

Ce que font aussi tous ceux qui dans notre camp se lancent à l'infini dans des plaidoyers pro domo en vase clos dont l'écho ne dépasse jamais les limites étroites de leurs cénacles. Soyons donc réalistes et modestes, faute de ne toujours pouvoir être aussi efficaces que nous le souhaiterions : ce n'est pas en tentant de nous convaincre les uns les autres que nous règlerons le problème, mais en trouvant les arguments propres à faire pencher la seule balance qui vaille du bon côté. Une balance susceptible d'être influencée par les sondages, même bidons, mais plus encore par le poids réel que nous représentons.

Staline le disait déjà en parlant du Pape : seule compte la force des divisions. Pas celles que certains s'ingénient bien imprudemment à entretenir au sein de notre propre camp, mais au contraire celles que nous pourrions former ensemble. Dans quelques temps, pour faire remonter notre dossier vers l'UNESCO, il nous appartiendra de montrer ce que nous représentons afin de permettre au ministère d'évaluer la portée de notre culture. Chacun est concerné, collectivités, associations ou individus, et la moindre voix qui fera défaut lors de ce vaste recensement enrichira le camp d'en face. Il faut en prendre conscience. Car à ce moment-là, les 60% du sondage catalan n'auront absolument aucune importance.


André Viard