PAS TOUCHE À MON VIRUS


Si l'on pousse la logique jusqu'au bout, toute cellule, même la plus infime, procèdant de la même étincelle primordiale que nous, il devrait être interdit de toucher à toute forme de vie, virus compris.

Quant aux risques de pendémie que fait planer sur l'humanité la mutation du virus de grippe aviaire en grippe porcine transmissible à l'homme, toujours selon la même philosophie, il faut y voir une chance providentielle qui devrait nous permettre de règler plusieurs problèmes : cent, deux cent ou mille millions de morts, et pourquoi pas davantage, c'est autant de gagné à l'aune de la surpopulation planétaire, du chômage exponentiel et du paiement des retraites. Tout bénef donc, en espérant que personne n'aura la mauvaise idée de cultiver le contre poison.

Et pour faire bonne mesure, puisque le XXIème siècle sera mysthique ou ne sera pas, pourquoi ne pas voir dans cette nouvelle menace qui nous vient du Mexique - pays taurin à l'échelle d'un continent - le signe d'une justice divine désireuse de nous punir pour le sort peu enviable que nous réservons sur toute la planète aux autres espèces qui tiennent là l'occasion de se venger.

Ne riez pas. Dans les nombreux courriers que je reçois règulièrement envoyés par toutes sortes d'illuminés qui n'ont d'autre but que de nous faire brouter de l'herbe, deux ou trois évoquent déjà ces possibilités, s'en réjouissant bien sûr. La Mère Nature a décidé de remettre de l'ordre, et le prédateur planétaire qu'est l'homme est dans son collimateur.

Il y a de quoi et il suffit de lire les conseils prodigués dans les sites spécialisés dans la protection de la nature : pour éradiquer les poux, étouffez-les clament en toute bonne conscience les fabriquants de produits "sans actifs chimiques qui obstruent leurs voies respiratoires"... Comment éradiquer une colonie de rats ? Facile, même pour les espèces les plus résistantes : des anti coagulants à effet retardés car les rats sont rusés et se méfient des morts subites, ce qui n'est pas le cas des souris. Pour elles, un peu d'alphachloralose, et elles succombent dans l'instant. Pour les taupes ? Enfantin : il suffit de faire un génocide sur les vers de terre et elles meurent de faim ou déménagent. Le seul problème, c'est que sans vers ni taupes la terre n’étant plus aérée se tasse et ne laisse que très difficilement l’eau pénétrer. Il faut donc très souvent piquer le sol avec une fourche à bécher et dès que les taupes ont disparues réintroduire des vers de terre... Pour les impatients, les sites écolos prévoient des variantes : "Pour les violents, une partie d'affût, le fusil de chasse à la main, et dès le moindre remue ménage d'un monticule de terre une bonne décharge de chevrotine. Radical mais bruyant et il faut de la patience. Cruel, des tessons de bouteilles enfoncés dans les galleries pour que ce pauvre animal hémophile se blesse et crève en se vidant de son sang. Classique les piège à taupe à enfoncer dans le trou, mais il faudra finalement décoincer le corps tout froid de la bête pour s'en débarasser. L'inconscient tentera de gazer le terrier au butane ou à l'essence. Pollution garantie". Mais plus de taupes.

Restent les virus et un cas de conscience : même s'ils ne font pas de bruit ils n'en sont pas moins une parcelle de vie, primitive certes, mais ô combien intelligente puisque de l'oiseau au porc et du porc à l'homme ils sont capables de muter juste pour nous tuer. Question : ne pourrait-on pas envoyer les habituelles ligues de vertu animalière pour les convaincre que ce n'est pas bien ?

André Viard

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