LA "PATTE" DE L'EMPRESA


Il est probable que les cartels de Mont de Marsan feront couler pas mal d'encre et alimenteront le débat jusqu'au 21 juillet au moins. Sans entrer dans le faux débat qui consisterait à se demander à l'avance si ceux-ci sont conformes à ce que l'aficion de Mont de Marsan voulait, il est plus intéressant de tenter une analyse au regard de la conjoncture générale.

"Estan todos los que son y son todos los que estan ?" Autrement dit, tout ceux qui comptent ont-ils été engagés et tout ceux qui ont été engagés ont-ils vraiment leur place ? Telle est la seule question qu'il convient de se poser, la réponse à la première n'étant donnée que par la taquilla, seul indicateur infaillible des goûts de quelque public que ce soit.

Sans entrer non plus dans une querelle sémentique pour savoir s'il s'agit d'une feria torista avec des figuras ou d'une feria "dacquoise", voire "nîmoise" comme disent déjà certains, dont la programmation tranche avec le passé, ce qu'il convient de se demander surtout c'est si la qualité des programmes est susceptible de remplir l'arène? Ce qui n'est malheureusement plus le cas depuis longtemps.

Le vendredi cela devrait être le cas sans problème : les toros de La Quinta, unanimement récompensés ici l'an passé, et le Juli devant, c'est une grande affiche propre à lancer la feria en réconciliant toristas et toreristas. Juan Bautista suit avec panache son copain de promotion et le Fundi est à sa place. Vendredi, le plein est quasi assuré.

Samedi, jour faste si le public vient aux arènes par inertie, Ponce peut faire oublier sa contre performance de l'année passée quand plus de 1000 places restèrent au guichet. Le Cid l'aidera un peu sans doute, les toros de Samuel Flores que l'on dit bien présentés ne feront fuir personne, et Salvador Vega, que Ponce emmène dans ses bagages non plus. Fera-t-on le plein ? Des cinq corridas c'est la moins sûre.

Dimanche, jour des familles, Mont de Marsan se remplit des oncles et des cousins et pour sacrifier à la tradition tout le monde va aux arènes. Torée qui torée, c'est plein. La corrida de Fuente Ymbro est une "tia", sans doute celle qui a failli aller à Vic... En face, Lescarret n'enlève personne, au contraire, Luis Bolivar non plus, et Sergio Aguilar justifie à lui seul que l'on prenne le billet. Le plein est probable aussi.

Lundi, le cartel repose tout entier sur les épaules de Sébastien Castella qui a accepté, bien que Juli vienne deux fois, de ne toréer qu'une corrida. Chopera n'y serait pas parvenu (ce fut le cas l'an passé), mais Casas l'a fait. La corrida de Victoriano del Rio est de garantie, même si l'an passé il a alterné le meilleur et le pire. Aparicio, pour les gourmets, c'est du rêve assuré (même s'il pétarde) et Manzanares ne fera fuir personne. S'il y a le plein, c'est Castella qui le fait.

Mardi, Juli encore, avec Perera cette fois. Le plein est probable sur le nom du premier, et le second dont ce sera vraisemblablement la seule corrida en Aquitaine viendra avec le couteau entre les dents. Daniel Luque peut être une excellente surprise, mais le grand public ne sait pas qui c'est.

Ce qu'il ressort de ces cinq corridas, toujours sans entrer dans le faux débat des goûts, c'est l'équilibre que l'on a obtenu en parvenant à convaincre les figuras de se répartir tout au long du cycle et non de se regrouper sur deux dates comme l'an dernier. La "patte" de Simon Casas, que certains diabolisent déjà en faisant a priori le procès d'une feria jugée atypique pour le Moun, c'est dans ce détail là qu'il faut la voir. Un détail fondamental qui au bout du compte assurera probablement la rentabilité du cycle. Qu'espérer de plus ? Que les corridas, comme il a été dit, soient toutes dignement présentées. Et qu'elles embistent. Alors, on pourra en parler.

André Viard

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