PEREQUATION ?


En matière de finances publiques, la péréquation est un mécanisme de redistribution qui vise à réduire les écarts de richesse, et donc les inégalités. C'est sur ce terrain un peu surréaliste que l'apoderado de José Tomas et l'empresa de Madrid ont décidé de déplacer leur contentieux.

Lassé des critiques multiples provoquées par l'absence de José Tomas dont la presse et l'apoderado de ce dernier lui attribuent la responsabilité, José Antonio Chopera a mis sur la table les données chiffrées du problème. Une première dans un mundillo plutôt enclin au secret.

On a donc pu apprendre que les arènes de Madrid quand elles sont pleines génèrent une recette brute de 82 millions de pesetas, soit une recette nette de 71,2 millions (environ 430.000 euros), que l'an passé José Tomas a perçu 47,5 millions de pesetas pour chacune des deux après-midi qu'il y a toréé (soit 285.000 euros) et que cette année il en voulait 70 pour une seule tarde (soit 420.000 euros).

On déduit facilement de ces chiffres la réponse de l'empresario : on ne peut donner à un torero 420.000 euros alors que l'arène n'en génère que 430.000 et qu'il faudrait encore assumer au pro rata les frais fixes de fonctionnement, le prix des toros et les honoraires des deux autres toreros.

Réponse circonstanciée de Salvador Boix, apoderado de José Tomas : est-ce que quand il paye le minimum syndical à trois toreros modestes, José Antonio Chopera leur parle aussi de la recette nette qu'il engrange ce jour-là et qui, pendant la San Isidro, est la même qu'il ferait avec José Tomas ? Autrement dit, selon son apoderado, au regard d'une péréquation à l'envers il serait normal que José Tomas touche aussi des dividendes sur les bénéfices réalisés par l'empresa en étranglant ses compañeros plus modestes dans la mesure où si l'arène se remplit durant tout le cycle c'est grâce à lui.

Si l'on veut être bienveillant avec le torero, on suivra son apoderado dans son raisonnement, et l'on dénoncera le côté injuste de cette situation qui voit l'empresa réaliser des profits formidables sur le dos des toreros les plus humbles, sans pour autant en répercuter une partie sur ceux qui assurent la catégorie de sa programmation. Si l'on penche plutôt du côté de l'empresa, on ne pourra que se féliciter de constater qu'il ne saurait y avoir à Madrid de corridas organisées à perte.

Mais si l'on a deux doigts de bon sens, on ne peut que trouver déplacé ce déballage malsain d'intérêts financiers entre deux miliardaires privilégiés, à un moment où pour la majorité de leurs clients acheter un abonnement voire une simple place pour les enrichir encore constitue un sacrifice important voire parfois hors de portée.


André Viard

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