PAROLE DE MIURA


"Au XIXème siècle, notre toro fut celui qui s'adapta le mieux à la lidia de l'époque ; aujourd'hui, alors que la lidia a changé, nous essayons d'adapter notre toro sans perdre ses caractéristiques principales." C'est Eduardo Miura qui parle.

C'est promis : il n'est pas rédacteur en chef de Terres Taurines, mais ses propos pourraient avoir été extraits du prochain opus dans lequel, à travers l'évolution de la ganaderia de Sepulveda, le point est fait sur la redéfinition de la bravoure à laquelle nous assistons.

Entre progressistes et traditionalistes le débat fait rage et les deux corridas-concours du week-end dernier sont l'objet de commentaires passionnés. Les premiers acceptent l'évolution du spectacle que l'on a perçue à Illumbe, tandis que les autres refusent radicalement ce qu'ils se refusent à considérer comme un progrès et se retranchent derrière le toro de Prieto de la Cal vainqueur à Zaragoza.

Le rapport des forces en présence semble pourtant implacable : d'un côté l'aficion orthodoxe et quelques rares ganaderos, de l'autre le grand public, les toreros et tous les ganaderos soucieux de coller à l'évolution, au premier rang desquels une jeune génération ambitieuse dans son intention, paradoxale a priori, de concilier ces deux postures extrêmes au travers d'une redéfinition de la bravoure dont on n'a pas fini de parler.

Pour eux, la pique n'est plus le critère unique qui permet à celle-ci de se révéler, le final de passe et de faena leur paraissant plus fiable. Ce qui correspond à leur vision pragmatique du spectacle moderne : sauf glorieuses exceptions, un ganadero ne triomphe plus aujourd'hui durant le premier tercio mais durant le dernier. Quant aux toros qui brillent encore durant le premier, la plupart s'éteint ensuite.

Le constat est sans doute difficile à accepter, mais l'évolution semble irrémédiable dans la mesure où le centre d'intérêt du spectacle s'est déplacé. Entre sauvagerie et toréabilité où doit-on placer le curseur sur le mètre étalon de la caste ? Telle est la question à laquelle doit répondre chaque ganadero en conscience, ce qui explique, à partir de mêmes aptitudes, la diversité de comportements de leurs toros... et les opinions de plus en plus divergentes qui émanent du coeur de l'aficion.

André Viard