LES MIURAS AUSSI


Les Miuras tombent donc aussi et à un élément prés le record de Juan Pedro aurait pu être égalé : deux toros devueltos et un qui aurait pu l'être, ce qui permet de relativiser.

Ceci dit, problème de forces mis à part, le comportement des toros de Miura n'eut pas grand chose à voir avec ceux des tristes juanpedros et l'émotion qui fit tant défaut lors de la lidia des seconds fut bien présente toute la tarde d'hier, malgré les longueurs insupportables infligées aux spectateurs par la faute d'une parada de cabestros totalement inopérante. Una vergüenza que la Maestranza ne soit pas capable de pallier à cette carence qui hier a atteind des sommets.

Heureusement, malgré ces temps morts, les toreros restèrent suffisamment concentrés pour donner chacun à leur manière le meilleur d'eux-mêmes. Le Fundi, moins à l'aise qu'en d'autres circonstances, fit preuve d'autorité, Padilla, toujours aussi désinhibé, occupa le terrain et tira remarquablement parti de son premier qu'il se fit passer trés prés, mais c'est Valverde, comme depuis trois ans, qu'il faut créditer des moments les plus forts : essayer de toréer les toros de Miura comme on le ferait pour les juanpedro mérite un grand coup de chapeau et il est à espérer que ce torero sera enfin récompensé comme il le mérite en étant plus souvent invité au cartel des ferias.

Dès son époque de novillero, son toreo classique à la pureté un peu sèche avait attiré l'oeil des aficionados, mais avec les ans sa persévérance à conserver une ligne guère facile dans le contexte des corridas auxquelles il participe est à saluer. En France, ne l'oublions pas, Valverde s'était signalé à Mont de Marsan comme un des rares toreros capables de toréer bien les toros de Victorino, et depuis trois ans il montre à Séville qu'il peut faire de même avec ceux de Miura. Que lui manque-t-il pour s'imposer définitivement ? Un brin de réussite, un poil de démagogie et un minimum d'attention de la part des aficionados : torero de masse Javier Valverde ne le sera probablement jamais, mais s'il est une injustice que l'aficion torista ne devrait pas commettre, c'est bien de ne pas reconnaître en lui un des toreros qui méritent le plus son respect
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André Viard