C'EST OÙ FENOUILLET ?


Voici cinq ans déjà les GPS chauffaient : trouver Fenouiller n'était pas une mince affaire, et quand on avait déniché le bled entre autoroute et Garonne, restait encore à accèder aux arènes. Et pourtant, malgré ces inconvénients, le pari fou initié par Tolosa Toros et ses partenaires au premier rang desquels Didier Lacroix et Robert Margé fut gagné. Cinq ans plus tard, pour solder ses comptes de campagne, madame le nouveau maire vient de casser le jouet.

Ce que l'on peut regretter est que la nouvelle élue n'ait même pas eu le courage de rencontrer ceux que de sordides accords passés entre les deux tours des municipales lui avaient fait condamner d'avance sans autre forme de procès. Un moratoire était pourtant prévue, une consultation de ses concitoyens, une étude du dossier avec ses promoteurs pour évaluer l'implication de la commune... Voici quinze jours encore, c'est ce qui nous fut confirmé. Et finalement, alors que la décence eut été de différer le règlement du problème à l'automne, une décision plus radicale a été préférée, au risque de précipiter la faillite d'une entreprise qui avait depuis cinq ans amené prés d'un million de visiteurs dans cette commune que quelques mois auparavant personne ne connaissait et dont on se souviendra malheureusement par la faute de son nouveau premier magistrat pour son manque de respect envers la libre entreprise et le travail accompli.

Sans doute aurait-on pu éviter cela si le maire sortant, Gilles Broquères, avait su dépasser ses propres ressentis et faire adopter par son conseil municipal une convention permettant à la feria de lui survivre un an au moins. Le temps, en fait, de trouver une autre solution, c'est à dire un autre site, qui dans tous les cas ne pourrait pas être pire que celui qui fut choisi, par défaut sans doute, parce que à l'origine pas grand monde dans l'agglomération toulousaine ne croyait à la viabilité de ce projet fou, sauf Gilles Broquères à qui il faut rendre ce qui lui appartient. A-t-il lui aussi voulu casser ce jouet dans le cas où il serait battu ? Lui seul pourrait le dire. Mais dans tous les cas, il n'a rien fait pour que la fête continue sans lui.

L'anti taurine locale, le voisin des arènes qui en avait assez de trouver du vomi dans son jardin et les riverains fatigués de devoir montrer un laisser passer pour rentrer chez eux auront donc servi au bout du compte d'alibi à ce qui n'est en fait qu'un petit arrangement entre amis de circonstances sur fond de règlement de compte grâce auquel Fenouillet va retrouver son anonymat d'antan. Enhorabuena, madame le maire, on ne parlera plus de vous.

Ce dont on reparlera sans doute en revanche c'est de la grande feria que mérite Toulouse après avoir démontré sa capacité à remplir des arènes et avoir triomphé de tous les procès qui furent intentés à cette aficion exemplaire. Pour ne pas réagir à chaud et digérer ce coup de poignard dans le dos, Didier Lacroix et ses partenaires ont convoqué une conférence de presse qui aura lieu mardi. Sauront-ils trouver un plan B dans le délai très court qui leur est imposé ? Il faut le leur souhaiter. Et ce qu'il faut souhaiter aussi, est que toute l'aficion toulousaine saura faire bloc autour d'eux. Le public, la Justice et le monde taurin ont confirmé la viabilité d'une feria toulousaine dont ne saurait nous priver la décision unilatérale de madame le maire de Fenouillet. C'était où, déjà, au fait ?

André Viard