ABONDANCE DE BIENS...


Alors que la feria de Séville se terminera demain et que toutes les figuras sont déjà passés, un rapide bilan permet de constater que pour la première fois depuis longtemps les organisateurs ont l'embarras du choix pour confectionner des cartels de qualité.

Abondance de biens ne peut pas nuire, d'autant qu'il y en a pour tous les goûts, du toreo le plus abouti aux démonstrations de courage stoïque, certains (rares) toreros se permettant même d'unir les deux.

Plutôt que rares il convient d'ailleurs d'user du singulier, nul autre torero qu'Alejandro Talavante n'ayant à ce point combiné profondeur du toreo et arrimon, lors de faenas inégales certes mais dont le principal enseignement réside dans l'évolution que l'on peut espérer chez ce tout jeune torero qui n'a, il faut le rappeler, pas encore un an d'alternative.

Véritable révélation de la feria de Séville après avoir triomphé à Valence et Madrid, Talavante s'impose de manière incontournable dans toutes les ferias, relèguant au second plan le peloton de prétendants qui pointait le nez l'an passé (Perera, Gallo, Matias Tejela, Capea...) Une performance qui devrait lui permettre de résister plus qu'honorablement au retour de José Tomas dont il était la première victime désignée en raison de la similitude que l'on avait décelé l'an passé entre son toreo et celui de son glorieux aîné.

Après ses triomphes, mais surtout après avoir montré une nette évolution dans son toreo, Talavante a acquis un statut propre qui devrait lui permettre de naviguer sans problème. À un degré moindre c'est aussi le cas de Manzanares dont on a vu dans cette feria la qualité, la projection, mais aussi les limites.

Navigueront aussi, le Juli malgré son manque de réussite, Ponce et Rincon, avec pour ce dernier la satisfaction d'avoir pour ses adieux à la Maestranza montré une dernière fois sa meilleure dimension. Sébastien Castella naviguera également, même si on peut craindre pour lui, au vu de la multiplicité de l'offre, que les exigences financières qu'il imposait depuis le début de l'année ne doivent être revues à la baisse. À moins bien sûr, ce dont il est capable, de triompher à Madrid et d'en sortir par la Grande Porte. Naviguera bien sûr le Cid, somptueux face aux toros de Victorino.

Reste Morante, unique, magique et... ambitieux, comme on a pu le voir lors de sa prestation magnifique durant laquelle, de la porta gayola à l'estocade finale, il a occupé le ruedo de la Maestranza comme peu de toreros avant lui. Ce triomphe consolide son statut, lui accorde enfin à Séville la place qu'il mérite et le propulse sur un nuage vers son encerrona de Madrid... Un autre pari fou, un autre tournant pour cette temporada historique.


André Viard