ETHIQUE EN BERNE

Lorsque la télévision publique confie les clés de son antenne à des producteurs privés, à charge pour eux de la convaincre de l'opportunité de son choix en faisant de l'audience, comment s'étonner qu'au risque de couper la France en deux ceux-ci choisissent d'exacerber les différences culturelles en attisant les polémiques ?

La question mérite d'être posée au moment où, après une première partie de campagne présidentielle plutôt musclée, les deux camps dominants jouent la partition du rassemblement en expliquant aux électeurs que nous sommes, qu'une France unie sera plus juste et plus forte. Ce qui est une évidence, même si au fond personne n'est dupe sur la réalité de leurs intentions. Mais convaincus ou pas, au moins, ils le disent.

Que penserions-nous en effet, si par soucis électoralistes ces mêmes camps attisaient les antagonismes en exacerbant les communautarismes ? Qu'ils sont indignes de gouverner. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, que penser d'émissions de divertissement qui se permettent de dresser leurs auditeurs les uns contre les autres sans aucun respect pour des cultures partagées en Europe par plusieurs millions de citoyens : "la corrida est-elle une boucherie ?" "les chasseurs sont-ils des barbares ?"

Qu'il s'agit là d'une dérive manifeste du système sur lequel le secteur taurin français dans son ensemble doit demander au Conseil Supérieur de l'Audiovisuel de se pencher. Il serait en effet étonnant, l'Europe ayant considéré à 75% que la culture taurine est légitime, que celui-ci cautionne de tels faits, au risque de galvauder l'image que l'on a de la télévision publique dont la mission, loin de diviser, est d'apporter à tous des raisons de croire à leur appartenance à une même société pluri-culturelle basée sur le respect.

Dans le cas contraire, cela signifierait que l'honorable institution a mis son éthique en berne.


André Viard