L'AFEITADO THERAPEUTIQUE

Le problème mérite d'être posé et le sera sans doute bientôt : est-il opportun, voire raisonnable, sous prétexte de vouloir protéger leur intégrité, d'emmaillotter les cornes des toros adultes afin qu'ils ne se blessent pas entre eux et ne s'abîment pas ?

Le phénomène tend à se généraliser, surtout dans les ganaderias de la famille Domecq et alliés où dès leur troisième anniversaire les jeunes toros voient leurs cornes enserrées dans une gaine de caoutchouc dont la fonction est double : éviter que les pointes ne s'abîment, et éviter aussi qu'en se battant entre eux ils ne se donnent des cornadas graves.

Car la gaine de caoutchouc se termine par une excroissance épaisse, un peu comme les boules de chaterton que les ganaderos landais placent au bout des cornes de leurs coursières.

La question se pose donc : si l'on considère que l'afeitado qui consiste à limer le bout des cornes du toro a pour effet dérivé de faire perdre à celui-ci la précision dans ses coups de cornes, comment ne pas craindre que le fait de prolonger ses cornes durant un an par cette matière artificielle qu'on retire au moment de le lidier ne produise exactement le même effet ?

André Viard