MÊME L'ONU AVAIT RENONCÉ

Comment débattre avec un individu qui martelle ses arguments spécieux à la manière de Kroutchev sa chaussure sur le pupitre de l'ONU ? Impossible. L'ONU elle même avait dû renoncer.

Ayant toujours refusé de participer à ce type de débat tronqué dans le cadre d'émissions dites de divertissement, je n'en suis que plus à l'aise pour dénoncer le spectacle pitoyable offert dans l'émission de Fogiel mardi soir : celui d'une chasse à l'homme - en l'occurence Simon Casas - venu défendre la culture taurine face à une brochette d'invités qui la condamnaient, soutenus par un public manipulé, des SMS à sens unique, des dessins satiriques et des images à charge de piques, mises à mort et banderilles, curieusement autorisées ici alors que dans les émissions taurines elles sont interdites d'antenne par le CSA.

Si l'on ajoute à cela l'obstination de la représentante de la FLAC qui assénait les mots cruauté, torture et souffrance en rafale comme Kroutchev ses coups de talon tandis que Fogiel s'appliquait à couper la parole de Simon Casas sitôt que celui-ci tentait de répondre, les spectateurs ont assisté à la condamnation préméditée de la culture taurine dans une mise en scène digne des procès staliniens. Moins en forme qu'en d'autres occasions, Simon Casas n'a pu pratiquement rien dire, ce qui explique que ce débat inutile ait pu laisser aux aficionados un désagréable arrière-goût de traquenard.

L'éternelle question se pose donc : fallait y aller ? Ma position est connue : on ne peut pas débattre dans ce type d'émission où les invités et les animateurs ne pensent qu'à travailler leur image au détriment de ceux qui ne font pas partie de leur milieu. Accepter de monter en souriant au pilori médiatique, très peu pour moi. En revanche, les émissions qui proposent de vrais débat (je viens de participer à deux sur France Culture et Europe 1) et laissent aux invités le temps d'exposer leurs arguments sont évidemment fréquentables, le discours des anti taurins étant facile à contrer dès lors que l'on peut parler.

La mésaventure de Simon Casas doit donc servir d'exemple. La culture taurine mérite un autre contexte que ces estrades malveillantes où des invités sensés représenter la soit-disant nouvelle pensée humaniste font assaut d'indignation. Quelle leçon de morale peut par exemple donner une ancienne hardeuse (Brigitte Lahaie) sur la manière dont nous devons éduquer nos enfants ? En fait, animateurs et invités de cette sinistre mascarade auraient mérité d'être placés face à leurs responsabilités : en désignant à la vindicte populaire les centaines de milliers d'aficionados français au seul prétexte qu'ils ne partagent pas leur culture, ils reproduisent les comportements de sinistre mémoire qui ont abouti aux heures les plus noires de notre histoire et encouragent le vandalisme dont le monde taurin a pâti à diverses reprise : lettres piégées, coups de feu, incendie du fourgon de l'école taurine d'Arles... Serons-nous les boucs-émissaires de leur propre vacuité ? Tout tend malheureusement à l'indiquer.

Cette première émission en appellera sans doute bien d'autres pour peu que l'audience ait été jugée intéressante. J'ai d'ailleurs été contacté dès hier par l'équipe de Stéphane Bern qui se propose lui aussi d'organiser dans son "Arène de France" un débat sur la tauromachie. Circonstance aggravante, celui-ci sera enregistré le 20 avril pour diffusion ultérieure. Autrement dit, indépendamment des pièges qui les attendent sur le plateau, aucune garantie n'est donnée aux invités taurins que les séquences conservées arbitrairement au montage par la production rendront fidèlement compte de leurs propos.

La question se pose donc encore : faut-il aller écouter Kroutchev taper sur la table avec son soulier, ou vaut-il mieux le laisser vociférer sans lui répondre ? Même l'ONU, disais-je, avait renoncé. Kroutchev a passé, et l'ONU existe encore.

André Viard