MUGRON

OREILLE POUR RUBEN PINAR ET SANTO

Les novillos d’El Vellosino ont manqué de force et de véritable caste pour donner plus d’intérêt à cette après-midi mugronnaise. Bien présentés dans l’ensemble, ils arboraient des armures commodes. Côté moral les deuxième, cinquième et sixième possédaient un fond de noblesse mais il fallait les canaliser, les trois autres étaient plus compliqués avec de la mansedumbre, des charges sèches et violentes et ces défauts ne s’arrangeaient pas après les piques, la faiblesse aidant.
Oliva Soto, silence et silence, Ruben Pinar, oreille et vuelta et Julien Dusseing « El Santo », silence et oreille.
On attendait beaucoup d’Oliva Soto, le protégé de Manolo Cortes mais c’est sans compter sur les aléas du sorteo qui a défavorisé l’andalou. Son premier est un manso qui coupe les courses des banderilleros. Le novillo donne des coups de têtes, est bronco et sec dans ses charges et le travail de muleta est impossible. Un pinchazo, une ½ tendida et trasera puis trois descabellos, silence. Son second n’est pas vraiment meilleur : il prend une grosse pique qui va l’affaiblir et compliquer la faena de muleta. Il fléchira à plusieurs reprises et Soto aura le mérite de réaliser quelques bonnes tandas de muletazos mais trop isolées pour impressionner le public. Un pinchazo hondo, un avis, une entière basse, silence.
Ruben Pinar aura touché le meilleur lot et a su profiter de cette chance. Pas vraiment dans le sitio au capote, il s’est remarquablement comporté muleta en mains. Son premier pousse en brave lors de l’unique rencontre et laisse toute sa force dans l’épreuve. Pinar débute par des doblones impeccables et base sa faena sur le côté droit. Avec beaucoup de voix, il réussit à enchaîner plusieurs séries longues et templées. La présidence lui met la musique un peu tard car le jeune novillero réclame l’épée de verdad trente secondes après. Superbe estoconazo efficace et oreille. Face à son second, le meilleur de l’après-midi, Ruben Pinar confirme la précision de ses derechazos très enroulés autour de son corps. Au final il s’embrouille un peu et perd les trophées à l’épée :deux pinchazos, une demie basse, trois descabellos avec un avis, vuelta.
Julien Dusseing tombe sur l’os du jour. Son premier est haut et fort. Dangereux à gauche le novillo manque, de très peu, la jambe du landais dans une charge violente et inattendue. Julien tente beaucoup, en vain, le novillo ne suit la muleta que par à-coups, s’arrête à moitié passe, l’obligeant ainsi à céder. Il y a eu, malgré tout, quelques bonnes droitières. Une entière atravesada, un avis, un descabello, silence. Devant son second, Le Santo dessine trois bonnes véroniques. Il fait peu piquer le novillo et entame sa faena par d’élégants doblones genou fléchi. Profitant de la noblesse et de la force du novillo, Julien va dessiner une faena complète avec des bonnes séries de naturelles. Le novillo est bon mais n’autorise aucune erreur. Le landais l’a bien compris et impose sa muleta tout près du mufle en maintenant la distance parfaite pour lier ses muletazos avec autorité et esthétique. Un pinchazo, un tiers d’épée suivi d’une entière jusqu’au pommeau, l’oreille tombe après une longue pétition. ¾ d’arène et soleil printanier. Jean-Paul Campistron


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