FERIA D'ARLES

MILETTO HEROÏQUE

Sur la lancée du « no hay billetes » de ce matin et avec le souvenir laissé l'an dernier par El Fundi, on s'attendait à une meilleure entrée pour cette corrida de clôture. La corrida de LAUGIER s'est ouverte avec un bonbon suave et mielleux puis a tourné à l'aigre avec les cinq exemplaires restant. Tous furent incommodes à des degrés divers, la palme revenant aux deux de Miletto. El FUNDI, salut et une oreille. Domingo LOPEZ CHAVES, silence aux deux. Julien MILLETO, oreille et salut.

Le suave galop du premier promettait un quart d'heure de pur plaisir. Attentif et obéissant à toutes les indications des leurres, il chargeait au ralenti, dès avant sa rencontre avec les picadors. Un président dogmatique lui imposa une pique de trop ; surtout lorsque l'on n'ignore pas que le FUNDI banderille et que, du fait de ce complément de lidia, ses partenaires doivent durer plus longtemps. C'est avec un potentiel tronqué qu'il arriva à la muleta. Fundi sut en exploiter la candeur mais, sans l'attribut de la force physique sa douceur naturelle priva la faena d'émotion. Pinchazo. Entière. Salut. Son second fut d'un métal autrement trempé. Il subit deux piques appuyées puis, tête haute et imprévisible, compliqua considérablement la tâche de la cuadrilla pendant la lidia. Un peu abandonné de son personnel Fundi se débrouilla seul face au danger aux banderilles, puis partit en guerre muleta en main. Jouant l'agressivité, panse du leurre très en avant, il força le récalcitrant à embestir, le temps d'une faena de belluaire où le danger fut permanent. Pinchazo, entière et mort spectaculaire de l'animal aux pieds de son vainqueur. Une oreille.

Le second resta principalement en appui sur les antérieurs sous deux piques. Il aborda le troisième tiers en pesant sur l'homme des deux cotés. En le faisant passer très loin et en lui laissant la liberté de finir les passes par le haut Lopez Chaves construisit quelques séries estimables mais brouillonnes. Silence après deux pinchazos et une entière. Accueilli par trois faroles de rodillas, le cinquième joua des cornes dans le caparaçon, puis sortit seul de la pique. Muleta au raz du sol Lopez Chaves força l'attitude pour capter son attention. Une à une, il égraina les passes en exposant ses fémorales, mais ne tenta pas de lier. D'abord peu enclin à collaborer, son adversaire finit par se décomposer. Cul aux planches et tête dans les nuages, il  refusa de se laisser cadrer. Les avis sanctionnèrent un début de déroute à l'épée. Silence

Particulièrement mal servi au sorteo, MILETTO a payé de deux fortes volteretas le calme et le stoïcisme avec lequel il fit face à l'adversité. Son premier se défendit par sauts de mouton, avant de refuser le contact du fer et de se réfugier dans les planches, sous la présidence. Très calme, en dépit d'une première voltereta subie lors d'un remate, Miletto lui vola quelques passes lumineuses au centre, puis dut se résoudre à livrer bataille dans la querencia. Fixant le LAUGIER dans un terrain aussi exigu qu'exposé, son sens du temple et son courage froid lui permirent une courte faena dont le mérite n'échappa à personne. A l'épée il se joua la vie, basculant sur la corne, pour laisser une entière en se mouillant les doigts.  En toute justice, le président fit droit à la pétition et accorda l'oreille. Il y a déjà  presque trois ans, j'écrivais ici que ce torero n'avait pas tout dit, il est heureux qu'il confirme aujourd'hui, dans une Feria de début de saison, qu'en plus de fin technicien, il est capable de se laisser couper en deux par les toros. Sorti en jetant les pattes en avant, le dernier montra une certaine classe au cheval en gardant fixement la corne plantée dans le bas du peto. Hélas, il ne confirma pas cette promesse. Dès le second essai de naturelle, il prit violemment Miletto et une, seconde interminable,  jongla avec son corps en le passant de corne à corne. Sonné, mais nullement amoindri dans sa détermination, le nîmois revint au combat pour plaquer posément deux séries de derechazos d'une pureté totalement inespérée. Déjà réfugié aux planches, le toro ne lui en donna pas plus. Il le tua d'un pinchazo et d'une belle entière, mais le descabello réussi au second essai lui coûta l'oreille. Salut.

Après cette démonstration, si il y a une justice, la carrière de Miletto devrait décoller.  Malheureusement pour lui, c'est peut être trop attendre du marché taurin. Frédéric Pascal


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