PLUIE ET OREILLES

Alors que les pluies tant attendues ont provoqué de nombreuses suspensions mais font le bonheur de tous les campesinos andalous, à Moron de la Frontera il a plu des oreilles. ce qui ne veut pas dire que les aficionados se sont régalés.

Si l'on part du principe que le concept de toréabilité inventé par le créateur des toros artistes est ce qui importe désormais, le public est en droit d'attendre des toreros des performances artistiques à la hauteur de ce que leurs adversaires leur proposent.

C'est souvent le cas en ce qui concerne le degré de technicité de la plupart de ceux qui occupent les premiers postes de l'escalafon : on a rarement vu autant de toreros capables dans l'escalafon de décliner leurs gammes avec un tel degré de perfection.

Et même si les vituoses ne sont pas forcément les artistes les plus profond, il faut mettre au crédit de ce genre de tauromachie le haut degré de satisfaction qu'il offre à des spectateurs enthousiastes et qui, dans leur grande majorité, attendent des toreros qu'ils leur fassent passer un bon moment.

Ceux de Moron hier l'ont passé en grand, puisque la noblesse des toros de Juan Pedro Domecq leur a permis de voir les trois toreros sortir en triomphe au terme de faenas correspondant à ce que l'on est en droit d'attendre d'eux : Fandi bouillonant aux banderilles puis décevant après (quatre oreilles et une queue quand même), Rivera Ordoñez besogneux mais tenace (oreille et oreille) et Cayetano, face à pareille concurrence, forcément très élégant (deux oreilles et ovation).

La meilleure nouvelle du jour restera cependant celle annoncée en préambule : il pleut ! Et la deuxième : les arènes étaient encore pleines.


André Viard