L'EFFET ARRANZ ?


Triple triomphateur de la feria de San Isidro, le rejoneador Sergio Galan a décidé de renoncer à participer à l'édition 2006, s'estimant floué par l'empresa dont il a dénoncé les manquements dans un communiqué largement diffusé.

Selon celui-ci - mais ce n'est pas une découverte - le milieu du rejoneo serait extrêmement fermé et il serait impossible à de jeunes talents de percer, tout étant fait pour maintenir les figuras en place. Faut-il rappeler que voici une dizaine d'années Pablo Hermoso de Mendoza disait à peu prés la même chose et que les figuras d'alors, Joao Moura, les frères Domecq, leur cousin Bohorquez et Ginés Cartagena, rendaient à peu prés impossible l'accession au plus haut niveau aux nouveaux venus.

Mendoza explosa pourtant, grâce à un remplacement de dernière minute imposé par la télévision aux Domecq et à Joao Moura. C'était à Zaragoza, et ce jour-là les Cagancho, Chicuelo et autres commencèrent à faire parler d'eux, propulsant leur cavalier tout en haut de la hiérarchie qu'il domina bientôt de la tête et des épaules.

Dix ans plus tard, après hissé sa spécialité à un niveau insoupçonnable, sans refuser de toréer en compagnie de quiconque, Mendoza impose cependant toujours un rejoneador plus âgé devant lui. Moura, Bohorquez ou Leonardo Hernandez y ont gagné quelques années de plus au sommet, mais la cohorte des jeunes rejoneadors piaffe d'impatience derrière, Andy Cartagena en tête, que le navarrais évite autant qu'il le peut. Rui Fernandez, Sergio Galan, Diego Ventura, Sergio Dominguez, Alvaro Montes se diputent donc la dernière place des cartels étoiles, tout en regardant d'un oeil inquiet les plus jeunes encore, Joao Moura et leonardo Hernandez juniors, qui, dans le sillage de leurs pères et grâce à leur entregent, risquent bientôt de leur passer devant.

Et ne parlons pas de tous les autres, ceux qui n'ont encore jamais eu l'occasion de tutoyer la gloire en participant au plus haut niveau, lesquels, condamnés à vie aux galères des pueblos y perdent tôt ou tard fortune - lorsqu'ils en ont - et envie.

Le cri de révolte de Sergio Galan n'étonnera donc personne, sinon les plus cyniques pour qui cet état de fait est loi de vie, pour la simple raison qu'il en fut toujours ainsi. Mais s'agit-il bien d'une maladresse dont le jeune rejoneador se repentira bientôt ?

Au-delà de la déception légitime du torero, une question mérite d'être posée
: en agissant ainsi, en dénonçant le système, le jeune rejoneador ne va-t-il pas faire parler davantage de lui qu'en participant, mi juin presque, à une corrida de rejones sans grande transcendance ? Pour avancer un élément de réponse, il n'est pas inutile de se souvenir que Sergio Galan est apodéré par l'équipe de Martin Arranz, lequel a toujours joué en virtuose de la polémique lorsqu'il a estimé que celle-ci servait ses intérêts.

André Viard