POUR 50 EUROS T'AS PLUS RIEN



Autant le savoir : prendre un porte-voix et aller devant le lycée agricole où officie le président du CRAC pour le traiter de "dégénéré" ne coûtera à celui qui en éprouverait l'envie que la bagatelle de 50 euros, si l'on se fie au barème établi par le Tribunal correctionnel de Dax. Ce qui ne veut pas dire qu'il faille le faire, même si cela ne manquerait pas d'être amusant.

Pour 50 euros, donc, t'as plus rien, sauf ce petit plaisir que s'offrent régulièrement les antis, sans être toujours poursuivis pour faire tomber l'amende. En fait, si l'on veut comprendre la timidité de cette peine, il faut sans doute y voir la crainte, de la part du Président, d'avoir à multiplier par 14 une condamnation plus lourde qu'il n'aurait pas manqué de prononcer si au lieu de 14 plaintes il n'y en avait eu qu'une seule. Ce qui au bout du compte aurait abouti à la même chose pour le condamné, mais aurait permis à l'aficionado insulté de se sentir compris, ce qui n'est pas forcément le cas aujourd'hui.

Qu'à cela ne tienne, puisque le barème est fixé à 50, la prochaine fois - et il y en aura - au lieu de 14 ce sont 300 plaintes que l'on déposera, afin que l'adition soit tout de même un peu plus dissuasive que ce maigre pourboire que le condamné ne souhaite pourtant pas payer, raison pour laquelle il a annoncé faire appel, sans savoir sans doute que par principe la Cour concernée double systématiquement la mise. Il suffit de demander à monsieur Leprêtre pour le vérifier.

Plus sérieusement, il n'est pas fréquent, et il est même exceptionnel, de voir un Procureur requérir une peine au lieu de s'en remettre au Président, et il n'est pas habituel non plus de voir un tribunal rendre son verdict au cul du camion.

Il faut dire qu'avec ses provocations épistolaires et son comité de soutien gratiné, le condamné a su mettre toutes les chances de son côté, ce qui lui a valu quelques réflexions sans ambiguité qui laissent augurer d'une longue relation entre lui et ses juges, puisque les mêmes protagonistes du dossier sont appelés à se revoir à diverses reprises cette année.

Ce qui est de nature à rassurer les juges, qui, à la lecture des appels à venir soutenir les prévenus, pouvaient légitimement penser que les 650 sympathisants qui avaient annoncé leur venue viendraient effectivement, fut qu'en réalité le comité de soutien se résuma à une cinquantaine de paumés, TTC, dont certains ne purent s'empêcher de se moquer dans la salle d'audience, à l'évocation, par maître Dufranc, de la détresse d'une petite fille qui avait été profondément choquée à Rion en voyant les prévenus insulter ses parents.

Cette incapacité à mobiliser n'est certes pas une nouveauté, et n'est pas le propre des activistes anti taurins, passés maîtres dans l'intox en ligne, mais qui ne parviennent pas à la concrétiser sur le terrain, à moins de rallier le ban et l'arrière-ban des frustrés et anti-tout européens. En attendant, cette première condamnation signifie pour le président du CRAC que son casier judiciaire n'est plus vierge. Un détail qui prendra toute son importance la prochaine fois qu'il se fera juger.

André Viard