PONCE ÉCHAPPE AU PIRE




Comme le Yiyo voici presque trente ans, Enrique Ponce a été pris hier au moment de l'estocade, envoyé au sol et longuement secoué, la corne du toro de Victoriano del Rio pénétrant son aisselle. À la différence du Yiyo, dont la même cornada s'était avérée mortelle, Ponce s'en tire avec une trajectoire de 25 centimètres et une clavicule cassée.

La fête sur fond de drame, tels ont toujours été les ingrédients de l'authenticité et la seule justification que puisse invoquer le jeu de l'arène. Choix techniques mis à part, Enrique Ponce est indubitablement celui des toreros actuels qui a le mieux respecté cette vérité fondamentale, en combattant toutes sortes d'encastes au long de sa prolifique carrière.

Bien plus que les happenings à répétition qui sont devenus l'axe de communication favori des figuras modernes, c'est cette attitude responsable qui est le meilleur atout d'une culture en décalage flagrant avec les valeurs d'une société qui la comprend de moins en moins.

Mais tous ceux qui la partagent la comprennent-ils davantage ? Telle est la question qu'il convient de se poser, au moment où les actions de reconquête se multiplient et que les volontés se mobilisent pour affirmer une identité dont les contours demeurent trop flou : à force de vouloir humaniser la Fiesta, de banaliser l'image des toreros en les surexposant de manière futile, on en occulte le sens profond, que la cornada grave de Ponce vient de mettre en évidence.

André Viard