L'HEURE DE VÉRITÉ




Si tant est que nous soyons tous responsables de nos actes, l'heure de vérité - la première - sonnera bientôt pour le président du CRAC qui comparaîtra à deux reprises devant le tribunal correctionnel de Dax le lundi 24 mars, au lendemain du premier tour des élections municipales. Une première très attendue, dans la mesure où elle aura une portée symbolique au regard des sanctions qui seront infligées.

Le matin à partir de 9 heures, Jean-Pierre Garigues aura à répondre de douze plaintes pour injures publiques déposées contre lui par onze spectateurs de manière individuelle, et par le club taurin organisateur de la manifestation du mois d'août dernier. Selon nos informations, chacun des plaignants demanderait environ 2000 euros de réparation.

L'après-midi, à partir de 13 heures 30, deux nouvelles procédures, pour des délits autrement plus graves, ont été ouvertes, une contre Jean-Pierre Garrigues à titre personnel, et une en sa qualité de président du CRAC Europe, pour manifestation non autorisée (peine encourrue six mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende), entrave au droit du travail des toreros (un an d'emprisonnement et 3750 euros d'amende, sanctions multipliées par cinq pour une personne morale, tandis que des dommages et intérêts peuvent également être demandés par les parties lésées) et mise en danger de la vie d’autrui (un an d'emprisonnement et 15000 euros d'amende). Peines cumulables bien entendu. Autrement dit, il est possible d'espérer que Garrigues ne fera pas le déplacement pour rien et que l'addition sera à la mesure des troubles qu'il a occasionnés.

Conscient de la gravité des faits qui sont reprochés à son président, le CRAC rameute ses fidèles pour faire une démonstration de force en réunissant devant le Palais de Justice dacquois une foule de sympathisants qui reprendront les thèses de leur leader : il n'y a pas eu d'injures car "la loi autorise de désigner ceux qui pratiquent des corridas ou y assistent de sadiques, de pervers et de barbares, puisqu’ils se réjouissent publiquement de sévices graves et actes de cruauté donnés en spectacle à des animaux".

Par ailleurs, toujours selon la propagande du CRAC, "il faudra aussi que madame la procureure de Dax explique en quoi de tels qualificatifs sont interdits à Jean-Pierre Garrigues alors qu’ils ont pu être employés très largement en toute impunité depuis des décennies dans les médias et les livres, et continuent à l’être". Et pour ne laisser planer aucun doute sur l'argumentation qui sera développée, la même propagande précise que "la procureure est de toute évidence le bras armé d’un lobby aux abois qui n’en peut plus d’agoniser..."

On le comprend aisément à la lecture de ce pamphlet tout aussi irresponsable que les faits qui ont valu au président du CRAC de se retrouver devant ses juges, les débats risquent d'être houleux et l'ambiance lourde au tribunal de Dax, si, comme le CRAC le souhaite, il s'avère capable de réunir un comité de soutien suffisamment nombreux.

En attendant cette journée, de l'issue de laquelle dépendent beaucoup de choses, il est souhaitable que les aficionados continuent à se comporter aussi dignement qu'ils l'ont fait depuis le début de la saison, en ne répondant ni aux provocations, ni aux injures de toutes sortes. Il convient de laisser la Justice travailler de manière sereine, et, à l'inverse du CRAC, de la respecter.

André Viard