CORRIDA ET MODERNITÉ




"La corrida doit-elle s'adapter à la modernité ?" Tel est le sujet, ô combien d'actualité, que propose la Coordination des Clubs Taurins de Nîmes et du Gard le 23 mars prochain dans le cadre du 5ème Printemps des jeunes aficionados. Loin d'être un exercice de style, la réflexion ainsi proposée aux aficionados engage en partie l'avenir de la tauromachie pour laquelle l'alternative est simple mais le choix difficile.

La programmation de cette fin de semaine permet d'illustrer le problème : à Castellon, où, dans l'ensemble, les figuras n'ont pas rempli, loin de là, l'empresa a proposé une programmation alternative aux aficionados : Miura, Victorino et Cuadri, trois par trois, dans ce qui a été présenté comme un "défi ganadero". Là non plus le plein n'a pas été assuré - ce n'était pas prévu - mais pour une rentabilité supérieure le résultat "artistique" a séduit les aficionados, avec des toros qui ont rempli l'objectif espéré : de la caste, des piques, de l'émotion et même de la toréabilité.

Cette tauromachie rugueuse - ou authentique - est bien sûr à l'opposé d'une évolution éventuelle de la lidia conformément aux exigences de la modernité qui, si on laisse filer les choses, nous conduira peu à peu vers ce spectacle allégé dans lequel les suertes fondamentales - piques et estocade - disparaîtraient au profit de la dimension esthétique que l'on a aussi mis en valeur à Arnedo cette fin de semaine, où, face à une corrida indécente de Victoriano del Río - selon des correspondants dignes de foi - le Juli a coupé quatre oreilles. Une évolution qui comblerait peut-être ceux qui militent pour l'abolition, et ne déplairait pas forcément à la partie du public qui fait abstraction du toro.

N'étant pas devin, je ne sais de quoi demain sera fait, mais je suis persuadé en revanche que le spectacle tauromachique n'est pas préservé de la dérive générale d'une société dans laquelle tout ce qui heurte est appelé à disparaître au profit d'un consensus lénifiant. Le seul frein à cette évolution, dont le point de départ peut être daté sans recourir au carbone 14 - 1928 et l'imposition du peto -, réside dans la volonté des aficionados de préserver en l'état le spectacle qui leur a été légué. Sauront-ils y parvenir ? Jusqu'à quand ?

Ces sujets seront probablement abordés lors du colloque nîmois, et au vu de la qualité des intervenants - Gérard Bourdeau, Hubert Compan, Tomás Prieto de la Cal, Francis Wolff, François Zumbiehl et Christophe Chay - nul doute que les bonnes questions seront posées. Les aficionados sont-ils prêts à les entendre sans accuser ceux qui les posent de trahison ? Toute ébauche de solution passant d'abord par un énoncé juste du problème, je ne saurais trop recommander aux aficionados d'aller écouter la bonne parole qui leur sera dispensée.


André Viard