REAL POLITIQUE


Juxtaposer les déclarations d'intention des figuras avec les exigences qu'ils imposent aux arènes françaises est un exercice salutaire pour qui veut continuer à aller aux arènes en n'étant pas trop dupe.

Je ne sais si les récentes défections enregistrées au sein de la commission taurine dacquoise ont pour origine le délicat exercice de grand écart que tout responsable doit faire entre les aspirations des aficionados et ce qui est financièrement possible, mais je suis persuadé en revanche, et depuis longtemps, que si rien n'est fait pour réguler le marché de manière collective, celui-ci menace de s'effonfrer.

Les dernières interventions du Juli et de Ponce, à l'occasion d'un colloque organisé à Séville, sont de ce point de vue significatives : pêle-mêle, les figuras estiment qu'il faut "décorseter" le spectacle afin de permettre au torero de s'exprimer, brider le pouvoir des présidents qui ne devraient plus être seuls responsables des toros que l'on doit lidier et qui sont moins capables que les taurins d'en décider.

Pour comble, l'exemple français est mis en avant - quel dommage que personne n'ait évoqué devant le Juli la corrida de Domingo Hernandez qu'il avait lui-même embarqué pour mont de Marsan - pour montrer qu'en se concertant, tous les acteurs du spectacle peuvent se passer de l'autorité.

Ce qui n'a pas été abordé est l'aspect financier, alors que, chacun l'aura compris, il constitue la trame de toute l'affaire. Paradoxalement, peu de voix s'élèvent en Espagne pour attirer l'attention des figuras sur la dérive qu'ils cautionnent. Parmi les plus autorisées, celle de Vicente Zabala de la Serna est à signaler, lequel, dans une tribune du Mundo, a mis en évidence quelques incohérences de leurs propos, histoire de montrer le côté incongru de cette OPA larvée qu'ils ont lancée sur le monde des arènes dont ils sont, selon eux, les mieux qualifiés pour le gérer. Ce dont on peut douter au regard des toros qu'ils ont imposés lors des trois premières ferias.

André Viard