LES FUNDAS EN ENTRÉE


Pour sa journée inaugurale, Canal Plus Toros a ouvert son antenne hier par une tertulia réunissant autour de Manolo Moles quatre ganaderos : Victoriano del Río, Daniel Ruiz, Eduardo Lozano et Carlos Aragon Cancela.

Deux ganaderos de l'encaste Domecq et un de Nuñez qui tous trois font partie de l'élite, et un quatrième de Buendía plein d'illusions mais n'appartenant pas au même monde, à une différence prés : tout comme ses trois confrères il utilise les fundas. Molés, qui est opposé à cette pratique et ne perd pas une occasion de le dire, a demandé à chacun d'entre eux pourquoi il les utilisait et les quatre ont répondu de même : plus pour se prémunir contre l'usure des cornes que pour éviter que des toros soient tués.

Le politiquement correct est donc en place - qui ne leur donnerait pas raison de vouloir conserver deux centimètres de pointes sur leurs toros ? - mais s'il veut en sortir pour animer ses tertulias, Manolo Molés devra peut-être songer à inviter un intervenant supplémentaire sur son plateau, histoire d'apporter une opinion discordante et davantage conforme à celle des aficionados. Faute de quoi, le risque n'est pas anodin de voir ces tertulias perdre beaucoup de leur intérêt.

Pourquoi, par exemple, en comparant ce qui est comparable, n'adopterait-on pas sur Canal Plus Toros, la formule utilisée par Canal Plus France en matière sportive, en réunissant une tertulia de "Spécialistes Toros" et en faisant appel, aux côtés des invités du mundillo, à des observateurs plus neutres et moins impliqués dans le business, ce qui présenterait l'avantage de booster le ronron un peu routinier de ce qui peut à terme apparaître comme un salon feutré où l'on cause
entre gens du même monde sans se soucier de l'avis du consommateur.

Sans aller jusqu'à une opposition frontale que la chaîne ne peut envisager au regard de sa politique commerciale - Canal Plus Toros est davantage un partenaire qu'un media critique - deux doigts de poil à gratter viendraient à point pour demander, par exemple, aux ganaderos d'hier, s'ils n'ont pas honte de voir leurs toros ainsi affublés. Loin de s'enliser dans des polémiques stériles qui n'ont pas lieu d'être, le débat s'enrichirait à coup sûr de ce mélange des genre et serait davantage du goût des abonnés qui, par essence, sont a priori tous aficionados.

Reste à savoir si l'on trouvera un ou plusieurs volontaires pour jouer ce rôle de contradicteur, sachant que celui ou ceux qui s'y risqueront ont toutes les chances de se couper du secteur professionnel en posant les mauvaises questions.

André Viard