REACTION EN CHAÎNE
esperanza

Les chiens aboient et la caravane continue de passer. Tandis que les associations écologistes, animalistes et séparatistes de tous poils viennent de comprendre que leur surenchère préparée depuis longtemps pour appuyer la loi d'abolition au parlement catalan est en train de tomber à plat, le plan BIC s'étend à l'ensemble du territoire.

Après Madrid, Valence et Murcia, c'est en Extrémadura et au Pays Basque que le front s'est déplacé, le PP dans la première et le CDN dans l'autre, ayant déposé une motion demandant pour la Fiesta et les spectacles taurins traditionnels propres à leurs régions, le même statut de Bien d'Intérêt Culturel destiné à mettre ceux-ci définitivement hors d'atteinte des attaques animalitaires. Et tout cela grâce aux catalans, qui s'ils n'avaient pas placé le débat sur le terrain politique n'auraient jamais soulevé pareille réaction, non pas contre eux, mais en faveur de la Fiesta.

Sacré Esperanza, elle a réussi son coup ! Il faut dire que le toreo est depuis longtemps un patrimoine familial : son père, Ignacio, fut un aficionado practico talentueux avant de faire le miel des tertulias françaises lorsqu'il fut consul (en exil) à Perpignan, tandis que son oncle Gabriel avait épousé une des filles d'Atanasio Fernandez dont il géra la ganaderia pendant presque vingt ans. Comment s'étonner alors qu'Esperanza, dès son adolescence, ait été titulaire d'un abonnement en andanada à Las Ventas, abonnement qu'elle a conservé et utilise régulièrement, alors qu'en tant que patronne des arènes elle pourrait, comme tous ceux qu'elle dirige, s'installer au callejon. Et il ne faudrait pas oublier qu'elle le fut en 1996 le premier ministre à décerner à un torero la Médaille d'Or des Beaux-Arts, (à Antonio Ordoñez s'il vous plaît), geste que depuis tous ses successeurs ont perpétué, avec moins de bonheur parfois quant au choix, mais en renforçant par ce geste l'aspect culturel du monde taurin.

Chacun aura donc compris que l'opportunisme politique n'a pas grand chose à voir dans l'affaire : ce recorte définitif, le BIC, elle le leur gardait depuis longtemps, Esperanza, aux abolitionnistes. Avec un nom comme le sien, remarquez - Espérance ! - on pouvait s'y attendre... de même que l'on se serait attendu à ce qu'en Andalousie, avec une conseillère culturelle en charge de la tauromachie qui se prénomme Macarena, le même recorte soit donné, duende en plus.

En tous cas, depuis le triomphe d'Esperanza, pas une session du Parlement de sa Comunidad où ne fleurissent les métaphores taurines : "al corral, al corral" s'est entendu dire un député du PP qui reprochait aux mêmes qui ne défendent pas la Fiesta d'avoir voté la loi autorisant l'avortement. Pour sa part, Esperanza elle-même a été saluée par une salve de mouchoirs blancs, tandis que plus d'un parlementaire s'est fait traiter de manso... Après cela, qui aura le toupet de prétendre que la Fiesta, et son langage, ne font pas partie intégrante de la société ?

André Viard