LE COUP DU CHAPEAU


Deux novilleros empêchés de toréer à Las Ventas après avoir fait des pieds et des mains pour y être engagés, telle est sans doute l'info la plus triste de la semaine pour tous ceux qui sont en mesure de comprendre la détresse de ces deux jeunes toreros pour lesquels l'avenir s'assombrit gravement dans la mesure où tant que le problème de fond ayant entraîné leur retrait n'est pas réglé, ils ne pourront a priori toréer nulle part.

Leur situation est donc tragique mais les règles sont claires : dans un soucis notable d'assainir le marché, les toreros doivent apporter la double preuve à leurs syndicats qu'ils se sont bien fait payer les honoraires minima quand ils ont été engagés et qu'ils ont ensuite bien payé les honoraires prévus à leur cuadrilla. Et pour que de nouveaux contrats soient honorés il faut au préalable qu'ils soient visés par toutes les organisations syndicales ayant signé la convention collective du toreo : les empresas, les toreros et les sulbalternes. Ce qui se fait au vu des documents demandés concernant les temporadas précédentes.

Que se passerait-il avec un torero qui ne serait pas syndiqué ? Il doit également faire viser ses contrats et apporter les mêmes preuves. Choquant ? Il faut savoir ce que l'on souhaite : soit une jungle dans laquelle les plus malins cheminent sans encombre tandis que les plus faibles se font "bouffer", ou un milieu professionnel respectable dans lequel tout est fait pour diminuer, voire éradiquer, le risque d'économie souterraine pour en finir avec les dérives que l'on sait.

Car l'affaire du pauvre Sombrerero qui a saccagé le bureau du syndicat patronal qui n'avait pas visé son contrat n'est qu'un arbrisseau qui ne parvient pas à cacher la forêt. Sans aller très loin de Madrid, à Aranjuez il n'y aura peut-être pas de corridas cette année. Pourquoi ? Parce que trois toreros et non des moindres ont fait valoir à la commission de suivi de la convention collective qu'ils n'avaient pas été payés l'an passé par l'empresa Romero Leal qui depuis a fait faillite.

En pareil cas la règle est simple : tant que le passif laissé par l'empresa sortante n'est pas apuré soit par le propriétaire de l'arène - en l'occurence la mairie- soit par une nouvelle empresa que prendrait en charge celle-ci, aucun professionnel n'a le droit de s'y produire. Et pour l'instant, les candidats à la reprise ne sont pas très nombreux. Pas de repreneur, pas d'apurement des dettes, pas de corrida. C'est aussi simple que cela.


André Viard