J - 1


Demain, l'Observatoire National des Cultures Taurines verra le jour à Arles et déjà les medias nationaux en font état. TF1, France 3, RMC... le plus difficile reste pourtant à faire.

Et le plus difficile sera, que nul n'en doute, d'adapter le discours de l'Observatoire aux impératifs de communication tels qu'on les pratique actuellement dans les medias où, malheureusement, le fond est le plus souvent occulté par la forme et où, malheureusement aussi, l'info est de plus en plus souvent traitée sans le moindre soucis de hiérarchie. Un exemple : demain, des milliers d'aficionados manifesteront à Arles où une trentaine (au mieux) d'anti taurins, manifesteront aussi.
Vues de Paris, ou par le petit bout de la lorgnette, ces deux manifestations recevront sans doute le même traitement.

Il ne s'agit bien évidemment pas de dénier à qui que ce soit le droit d'exprimer son opinion, mais l'on peut tout de même s'étonner que jamais, quand ils en ont rendu compte, les medias nationaux n'ont précisé que les manifestations anti taurines se réduisaient à quelques dizaines au mieux d'individus, bien que leur convocation ait fait l'objet d'un battage à grande échelle. D'ailleurs, pour mobiliser vingt porteurs de banderoles à Samadet, il fallut aller chercher les activistes là où ils sont les plus virulents, un de leur leader, originaire de Fréjus (800 km de Samadet), finissant sa soirée à la gendarmerie.

La télé écrase toute perspective, on le sait, et dans la lumière éclatante du petit écran la moindre pancarte prend des allures de manifestation de masse. Quelle image donnera-t-on sur ce même petit écran de la manifestation des aficionados quand plusieurs miliers d'entre eux se presseront sur le parvis des arènes samedi ? Au mieux, celle d'une foule paisible mais déterminée à revendiquer son identité, autrement dit un contraste édifiant si l'on veut bien offrir au télespectateur un plan large de la manifestation des anti taurins.

En pareilles circonstances, adapter le discours n'est guère aisé : les images, plus que les mots, sont aujourd'hui la clé de toute communication et celles-ci, comme on vient de le démontrer, sont aisément manipulables. Les mots écrits le sont beaucoup moins. Mais qui, dans la masse de nos concitoyens qu'il convient de convaincre de l'absolue nécessité de ne pas cèder aux appels haîneux de ceux pour qui la diatribe et le mensonge sont les deux béquilles de la chasse aux sorcières déclenchée contre nous, est encore capable aujourd'hui de faire l'effort intellectuel nécessaire pour suivre jusqu'au bout une argumentation ? Une minorité, malheureusement encore.

Tel est donc le challenge qui s'offre à nous : simplifier notre discours afin d'être entendus jusqu'au bout, tout en évitant de sombrer dans la caricature d'un débat inutile qui consisterait à vouloir répondre point par point à l'argumentation des anti taurins. À J - 1, c'est de cela qu'il faut nous convaincre.

André Viard