L'AUTRE HETERODOXE

Pour les lecteurs de Terres Taurines le côté surréaliste du mundillo méxicain n'est plus à démontrer après l'opus 11 qui en dévoile quelques aspects. Mais en 160 pages on ne peut pas tout dire, et nous avions laissé pour plus tard l'histoire d'un autre torero décalé que l'actualité nous remet en mémoire.

Jorge de Jesús Gleason, "El Glison" pour plus de commodité, fait partie de ces personnages dont le Mexique est riche, capables d'innover à chaque instant et d'apporter dans un monde aussi codifié que celui de la tauromachie quelques étincelles d'originalité quand il ne s'agit pas d'un véritable feu d'artifice.

Dans son remarquable ouvrage qu'il a consacré aux toreros mexicains de tous les temps - "Los Nuestros" - notre compañero José Francisco Coelho dont le travail considérable a également été évoqué dans l'opus 11, le présente ainsi : "Pêcheur de saumons en Alaska, de requins au Mazatlan, trafiquant de whisky dans les Emirats arabes, dompteur d'éléphants aux Indes, cavalier, transporteur et empresario de roedos dans le nord du Mexique, chroniqueur taurin, poête populaire et chanteur, El Glison vit la Fiesta selon ses propres canons."

Sans être aussi pittoresque que celle de son aîné "El Pana" (El Glison n'a que 46 ans), la carrière du Glison a été également émaillée de triomphes et de scandales. Mais aussi ou surtout de cornadas fort graves qui l'ont amené à devoir toréer bardé de tout un attirail plus ou moins fonctionnel dans lequel il enserre son bras droit ruiné par de multiples fractures. Un "client" de choix on le voit pour tout auteur désireux de sonder les mystères de l'âme humaine lorsque celle-ci entreprend de s'exprimer muleta en mains.

Hier, la légende du Glison s'est enrichie d'un nouvel épisode tragique quand un toro de Salvador Rojas lui a infligé deux cornadas graves, l'une touchant la fémorale et l'autre perçant le poumon. Si jusque là il n'y a rien d'anormal, les circonstances du drame apportent la touche exotique que l'astucieux matador saura sans aucun doute utiliser à son profit. En fait, depuis plusieurs mois, El Glison tourne un film d'aventures axé sur sa vie et pour l'une des scènes de celui-ci il devait toréer un toro sur une plage, de préférence dans l'eau.

Pour ce faire, un ruedo semi circulaire avait été installé, lequel donnait libre accés sur les vaguelettes du rivage. Ce qui n'était pas prévu dans le scénario est que le toro de Salvador Rojas allait prendre le parti de nager, de contourner l'arène et de revenir asticoter l'équipe de tournage. Le temps de comprendre le danger, le Glison était déjà face à lui, ayant pris pour muleta une planche de body surf en raison du grand vent qui soufflait. Lors de la troisième naturelle ainsi donnée, le toro le prit de vilaine manière par la cuisse gauche, le projeta en l'air et de l'autre piton lui donna une seconde cornada.

Le Glison a été rapidement évacué et ses jours ne sont pas en danger, mais la gravité des cornadas devrait le tenir éloigné un certain temps des arènes...

André Viard