PROMOTION, GRANDEUR ET PICARESQUE

Riche de ses différences et de sa multiplicité, la Fiesta l'est aussi de ses contrastes. A Madrid on laboure les terres de la Comunidad, à Valence un torero verse son sang et à Bollullos del Condado la picaresque des taurinillos de province nous offre un divertissement.

Conformément au cahier des charges qui lui impose de développer une politique de promotion, l'empresa de Las Ventas a mis en place dès dimanche une opération de séduction avec la collaboration de la Fondation Joselito et de divers pueblos de la Comunidad de Madrid. Il ne s'agit ni plus ni moins que de permettre à ceux-ci d'offrir, à l'occasion des spectacles qui ne feront pas le plein dans les arènes madrilène, un contingent de places gratuites à leurs administrés qui le désireraient. Un "passeport pour les arènes" à grande échelle qui, si l'on fait preuve de persévérance, donnera sans doute de beaux fruits. L'angle choisi est original puisque l'opération consiste à inviter des aficionados, à charge pour eux d'inviter à leur tour leurs amis à découvrir la Fiesta.

À Valence pendant ce temps, un torero ô combien honorable - Fernando Cruz - vient de payer une nouvelle fois le prix du sang. Deux trajectoires, cinquante centimètres dans la cuisse en tout, et une nouvelle fois la malchance : le bon toro, c'était le second, celui que l'infortuné Fernando a laissé par la force des choses à son compañero Ambel Posada. Après le cartel médiatique du dimanche, après l'effort méritoire du Califa lundi, la grave cornada d'hier est la première d'une saison qui promet d'en être prodigue tant il est prévisible que l'implacable lutte pour le pouvoir que vont se livrer quelques toreros laissera des traces, sanglantes évidemment.

Et à Bollullos pendant ce temps, le taurinismo pueblerino nous a concocté un de ces épisodes abracadabrantesques dont il a le secret. Une corrida de rejones, six figuras au cartel, et au moment du paseo un septième qui se présente tout aussi légalement engagé. Palabres, menaces, grands mots. Le septième fait le paseo tout seul, puis les six prévus qui combattent dans la foulée leurs toros et abandonnent l'arène au moment où le septième entre en scène. Depuis deux jours les commentaires vont bon train, on parle d'éthique, d'informalidad, de contrats enregistrés, d'affiches officielles attestant de l'inclusion de dernière heure du septième homme, lesquelles sont malheureusement restées dans le coffre de la voiture de l'empresario au lieu d'être collées... Toreros et empresas s'accusent mutuellement de non professionalisme... Et vous savez quoi ? Tout le monde s'en fout.

André Viard