LA PREUVE DE L'INUTILITE


Alors qu'en France les médias nationaux commencent à évoquer l'affaire des lettres piégées contre le monde taurin, un fait majeur vient de se produire en Espagne que nous serions coupables de ne pas mettre en avant : le débat "pour ou contre la corrida" de mardi soir a fait un flop d'audience.

À peine 3,2% d'audience moyenne sur la durée du programme, soit 617.000 spectateurs, l'émission d'Elena Sanchez n'a pas, c'est le moins que l'on puisse dire, passionné les foules.
Ce fait prend toute son importance lorsque l'on sait qu'en revanche de nombreux spectateurs se sont manifestés, d'un camp et de l'autre, par mail, pour donner leur opinion. Il faut donc en conclure, alors que les associations anti taurines avaient fortement mobilisé leur clientèle traditionnelle plusieurs jours auparavant, que celles-ci ne ratissent finalement pas très large, bien moins en tous cas que le spectacle taurin lui-même : sur Canal Sur et sur TVE2 les magazines taurins font un carton, de même que les corridas télévisées sur les chaînes autonomiques.

La bonne question est évidemment de se demander pourquoi ? Et la réponse évidente est que si la tauromachie intéresse des millions d'espagnols (selon le porte parole de l'UCTL 17 millions sont allés au moins une fois aux arènes l'an passé et 45 millions de billets d'entrée ont été achetés), celle de son éventuelle disparition suite aux menées des antis, tout le monde s'en fout parce que personne n'y croit. Le secret de la pauvre audience d'un débat inutile présenté comme un rendez-vous majeur est celui-là.

Le raisonnement est-il transposable en France ? Toutes proportions gardées oui. Mais en France, la tauromachie n'existe que dans quatre régions sur vingt-deux, et encore dans une partie de ces régions-là. Le rapport de force entre les aficionados et ceux qui ne le sont pas est forcément différent, ce qui explique pourquoi, ayant constaté leur échec sur le plan juridique et législatif (leur proposition de loi d'abrogation n'arrivera jamais à l'ordre du jour de l'Assemblée Nationale), les anti taurins se rabattent désormais sur les nouveaux prophètes de notre société, ces peoples BCBG qui ont un avis sur tout et distillent la bienséance du haut de leur notoriété.

Derniers en date Michel Drucker et le chanteur Renaud, lequel, ces derniers mois, ne sortait pas sans son tea-shirt anti corrida... Contre ce fléau de la "bien pensance" médiatique, les aficionados sont relativement désarmés, car les peoples qui vont aux arènes n'ont à ce jour jamais risqué une once de leur image pour parler en bien de la corrida. Cela peut arriver, mais je n'y crois guère.

Ce que je crois en revanche, c'est que la série d'attentats odieux dont le monde taurin a été victime, servira probablement de révélateur aux plus avisés d'entre eux, lesquels comprendront sans doute que l'on ne peut pas soutenir une cause qui dénonce la soit-disant violence des aficionados en s'attaquant physiquement à eux.

La médiatisation de l'affaire à laquelle nous assistons enfin aujourd'hui grâce au travail de quelques uns et malgré l'inertie incompréhensible de quelques autres doit donc être considérée comme une chance qui nous est offerte de démonter à grande échelle les arguments fallacieux qui nous sont opposés : la violence n'est pas de notre côté et quiconque nous montre du doigt cautionne les attaques portées. À ce jour, une seule association anti taurine les a fermement condamnées. Qu'attendent les autres pour le faire ?

André Viard