OUVERTURE MADRILÈNE




Le cartel du dimanche des Ramaux à Madrid montre ce que pourrait être le profil de nombreux cartels cette année : une ganaderia prestigieuse sans être du goût des figuras en raison de ses difficultés, et trois toreros dans un bon moment, sans pour autant jouer les premiers rôles. Autrement dit, un ganadero et trois toreros qui ont peu à perdre et tout à gagner.

Torrestrella, Diego Urdiales, Eduardo Gallo et Antonio Nazaré, ne jouissent pas du statut de premier rôle et ne convoqueront donc pas la grande foule à Las Ventas. Mais qui peut y prétendre hors feria, en-dehors bien sûr de José Tomás dont rien n'indique qu'il envisage de relever le défi que le monde taurin dans son ensemble attend de lui ?

Au mieux - même si l'on souhaite se tromper - l'empresa enregistrera donc un bon tiers d'arène, autrement dit le coeur de cible d'un public trop versatile et volatile qui vient à Las Ventas lors de la San Isidro, autant pour y être vu que pour voir. Mais ce coeur de cible dont dispose chaque arène de la plus grande à la plus petite, est une richesse essentielle qu'il convient de préserver, dans la mesure où c'est lui, dans les périodes difficiles, qui par sa fidélité assure l'essentiel.

Tout au long de mes fréquents déplacements en Espagne, j'ai l'occasion de partager les inquiétudes de cette aficion dont la désespérance est parfois réelle. Récemment, un de ces aficionados de toujours, m'a avoué avoir refusé de signer la ILP, car il ne voyait en elle qu'un sauf-conduit permettant au mundillo de continuer à ronronner, au lieu de se lancer dans la profonde réforme structurelle dont personne ne semble comprendre la nécessité.

Divers dossiers sont pourtant sur la table, et la commission du Ministère de la Culture a même émis des avis audacieux, en prônant une modification des rapports laboraux entre toreros, subalternes et empresas, les premiers devenant les employeurs effectifs des seconds, alors que pour l'heure ce sont les troisièmes qui le sont. Un sujet brûlant qui risque de mettre le feu aux poudres, les subalternes accusant les empresas de vouloir rompre l'équlibre actuel et de prendre la responsabilité d'un conflit dont nul ne peut envisager les conséquences.

En revanche, dans ses préconisations, la commission n'évoque à aucun moment la nécessaire restauration du statut du toro qui pour l'ensemble de la profession - ou presque - est devenu un produit dont on prétend contrôler tous les paramètres, ce qui explique en grande partie la désespérance de cette partie de l'aficion pour laquelle il demeure le pivot de la Fiesta, à condition de pouvoir continuer à voir en lui la part d'imprévu qui justifie son combat et transcende le rite.

André Viard