BOUILLON DE CULTURE



Le secteur taurin espagnol n'a plus d'excuse : avec la remise en forme hier de la "Comision Consultiva Nacional" sous l'égide du ministre de la Culture, il dispose désormais d'un organe de gouvernance susceptible de lui permettre d'élaborer des stratégies à long terme, en ayant l'assurance qu'au niveau institutionnel le dispositif de blindage de la Fiesta se met également en place.

La réaction de Carlos Nuñez, président de la UCTL, en dit assez long sur la confiance qu'inspire le projet au sein du mundillo : "Je veux voir la moitié de bouteille pleine". Ce qui bien sûr permet de comprendre que l'autre moitié existe aussi. La pleine, c'est le contenant mis en place par le ministre, et qui réunit tous les corps constitués de la tauromachie. La vide, ce sont les différences abysmales en termes d'intérêt qui séparent ceux-ci.

Saura-t-on, ce qui ne fut jamais le cas, envisager l'avenir de manière collective sans sombrer dans les habituelles querelles d'intérêt, et sans réduire les mesures nécessaires à un saupoudrage sectoriel qui ne résoudrait que le trés court terme ? Comme mon ami Carlos Nuñez, je veux espérer que oui. Mais malheureusement, les expériences passées montrent qu'il est pratiquement impossible de miser sur la générosité et la solidarité d'ensemble d'un milieu férocement individualiste.

Peut-on alors compter sur la peur qu'inspire le spectre de la crise à ses acteurs les plus favorisés jusqu'ici, et qui voient leurs perspectives de développement fondre à la même vitesse que leurs bénéfices ? En partie seulement. Car selon le vieil adage, la loi qui prévaut encore est celle du "maricon el último". Autrement dit celle du sauve qui peut, au détriment des autres.

On pourrait donner bien des exemples de cette fuite en avant forcenée des élites, qui semblent n'avoir toujours pas compris qu'en laissant l'aficion au bord du chemin elles se privent de l'essentiel de leurs ressources. En fait, tout se passe comme si l'on attendait qu'un miracle survienne, dont on ne sait trop si l'État ou le marché doit être le Deus ex machina providentiel.

De l'État, une fois le blindage terminé et le plan de développement de la Fiesta mis en place (ce qui est déjà énorme), j'ai bien peur qu'il ne faille attendre grand chose de plus. Et du marché, dans l'état actuel des choses, non plus. La solution réside bien sûr dans l'équilibre interne que les acteurs sauront ou pas instaurer entre eux, pour permettre la mise en place d'une économie durable équitable et accessible à tous. Et là, vous le savez, j'ai de gros doutes.

André Viard