BLANCANIEVES




Lors de la cérémonie des Goyas (équivalente espagnole des Césars français et des Oscars américains), le film Blancanieves qui raconte l'histoire d'une torera se produisant en compagnie de sept nains qui le sont également a raflé 10 récompenses après avoir réuni plus de 17 millions de spectateurs. Une performance remarquable pour un film que son réalisateur aura mis cinq longues années à monter.

Grâce à Blancanieves, notre Blanche Neige torera, la tauromachie a donc fait irruption sur le grand écran, de manière bien plus probante qu'avec le nanard "Manolete", qui, mis à part quelques belles images d'ambiance, fut très éloigné de ce que le sujet aurait permis d'espérer. Mais incarner un tel mythe, même pour un acteur de la taille d'Adrian Broody, n'évite pas toujours le ridicule, et c'est ce qui s'est produit.

Blancanieves, en revanche, grâce à son scénario original qui mêle de manière quelque peu surréaliste nos rêves d'enfance aux images de l'Espagne des années vingt, évite le travers du pastiche pour offrir une oeuvre aboutie dont le côté poétique ne laissera personne indifférent, bien que le scénario n'évite pratiquement aucun des poncifs du genre : adaptation du conte des frères Grimm, Blancanieves raconte l'histoire de Carmencita (Sofía Oria et Macarena García), jeune orpheline de mère, à laquelle son père, le célèbre matador Antonio Villalta (Daniel Giménez Cacho), invalide depuis une cornada reçue à Séville, apprend à toréer dans son cortijo de "Monte Olvido".

La marastre Encarna est incarnée, c'est le cas de le dire, par Maribel Verdú, et dès qu'elle le peut la jeune torero s'enfuit pour échapper à son étreinte. Elle rejoint alors une troupe de nains toreros avec lequels elle torée dans les pueblos perdus, jusqu'au jour où elle se présente à Séville face au toro Satanás, lointain parent du Lucifer qui a estropié son père. Progressisme oblige, et syndrome manzanariste également, Lucifer est bien sûr indulté, mais quand Blancanieve effectue sa vuelta triomphale, sa marastre lui jette une pomme empoisonnée... Elle s'endort alors à jamais, malgré le baiser enflammé que dépose sur ses lèvres un des nains de la troupe, forcément amoureux d'elle, mais en vain. N'est pas prince charmant qui veut.

Le tournage des scènes de tauromachie, sur la plaza mayor de Pedraza, fut dit-on très chaotique, et la doublure de Blanche Neige, la novillera Ana Infante, se serait évanouie deux fois... Mais l'argument le plus important de ce film singulier, est d'avoir été consacré comme aucun autre film ne le fut jamais par le petit monde du cinéma espagnol, anti taurin pour raisons idélologiques, abreuvé de subventions sous le gouvernement précédent par sa ministre de tutelle - la señorita Sinde - elle-même scénariste, et aujourd'hui indigné par le taux de TVA qui lui est appliqué, 21% depuis deux mois, le même que pour les corridas.

Ce qui explique que lors de la remise des prix, personne n'a dit un mot sur la corrida, qui est pourtant le milieu structurant de l'eouvre, alors que les critiques contre la politique de rigueur du gouvernement ont été nombreuses. Ce qui ne manquait pas de sel, de la part d'artistes vêtus en Armani.

André Viard