PIC ET PIC ET COLÉGRAM

Alors qu'en France le débat sur les piques a tellement perdu de son intensité que même certains des organisateurs qui se veulent toristes n'en font plus leur priorité, en Espagne les aficionados commencent à en parler.

Divers colloques ont eu lieu dernièrement sur le sujet, dont un au sein de la très sérieuse San Pablo CEU de Madrid, où, sous l'égide de Rafael Cabrera, la flor y nata de l'inteligentsia taurine disserte régulièrement. Les conclusions de cette intervention ne sont guère surprenantes : comme cela fut mis en avant en France aussi voici deux ans, il faut réduire le volume du cheval et la taille de la pique si l'on veut sauver un tercio plus que jamais en danger de disparition, d'une part parce que dans de nombreux cas il est simulé, et donc quasiment inutile, et d'autre part parce que c'est sur lui que se focalisent la plupart des attaques anti taurines.

Ce dernier argument devrait nous conforter dans l'idée qu'il faut le préserver, pusque si les antis y voient une violence insupportable, c'est bien que son authenticité incontestable en fait le point d'orgue de la lidia - plus encore que l'estocade serais-je tenté d'écrire - car c'est là, d'abord, que se manifeste, même aux yeux du public le moins initié, la bravoure du toro qui est le fondement du spectacle.

Malheureusement, certains organisateurs, comme ceux d'Orthez qui revendiquent un torisme pur et dur tout en le prostituant, font plus de mal à ce tercio fondamental en ne permettant pas son bon déroulement, que les antis eux-mêmes en demandant sa suppression : pour ces derniers il y a encore loin de la coupe aux lèvres, tandis que le spectacle honteux d'un toro s'épuisant sur une muraille deux fois plus haute et lourde que lui (voir photo ci-dessus prise en juillet dernier) sape le fondement éthique du spectacle intègre auquel les aficionados aspirent.

Que les professionnels tentent de pousser leur avantage en contournant le règlement est une constante, et tant qu'une limite n'est pas posée ils s'y entendent parfaitement pour tirer sur la ficelle. Mais il suffit pourtant d'en appeler au simple bon sens pour que tout rentre dans l'ordre : le cheval en question, Antonio Vallejo "Pimpi" père m'en a donné sa parole d'honneur voici trois jours, ne remettra plus jamais les sabots dans une arène française. Le problème est que s'il les y a mis c'est parce que personne, à Orthez, ne s'y est opposé. À quoi sert le règlement ? À quoi sert la commission taurine ? À quoi sert la présidence ? Manifestement à pas grand chose, car il eut suffi de dire non et ce cheval n'aurait pas piqué.

Bien sûr, on peut penser que s'agissant d'une petite arène le mal n'est pas très grave, ce qui serait une erreur : il n'y a pas de spectacle mineur à l'heure où de tous côtés les attaques pleuvent sur la culture taurine et où le moindre manquement à l'éthique porte préjudice à l'image globale du monde taurin. Et puis, ce serait oublier que Xavier Klein, le gourou barbu des lieux, n'a pas de mots assez durs pour fustiger ce qui se passe chez ses grandes voisines (on se souvient de ses tirades hallucinées au sujet de l'indulto dacquois, de ses attaques viles contre madame le maire de Mont de Marsan l'an passé, ou de ses propos désobligeants à l'encontre des voisins bayonnais), voire de ses propos orduriers lancés à l'encontre, des novilleros landais, de l'Observatoire des Cultures Taurines, de l'UVTF, des aficionados ne communiant pas dans son étroite chapelle et bien sûr de la presse qui ne lui cire pas les pompes autant que son ego surdimensionné le souhaiterait. Pourtant, s'il veut être crédible, point besoin de lancer ces anathèmes : il lui suffit de balayer devant sa porte en appliquant tout simplement le règlement.

Ce que l'on retiendra donc de ce triste épisode est qu'il aura suffi d'un article sur Terres Taurines pour obtenir le retrait définitif de ce cheval géant qui dépasse le poids règlementaire d'au moins cent cinquante kilos (le poids de deux picadors maigres supplémentaires sur sa croupe). Dans cette prise de position il ne faut cependant voir aucune attaque contre la cuadra concernée : elle possède aussi des chevaux qui sont, comme l'on dit, "à la maille", et il suffit de lui demander de les utiliser de manière exclusive, et elle le fera volontiers.

Malheureusement, en matière de tauromachie il est plus facile de changer un cheval qu'un âne, et en attendant que les aléas de la politique nous délivrent de cette calamité, on peut toujours entonner une formulette d'élimination : si cela ne le fait pas disparaître, peut-être au moins cela l'empêchera-t-il de braire.


Ams, tram, gram,
Pic et pic et colégram,
Bour et bour et ratatam,
Ams, tram, gram.

André Viard