LE FLOP DE VISTALEGRE


Un quart d'entrée pour les toreros "médiatiques", un autre quart pour les jeunes espoirs, la feria d'hiver de Vistalegre confirme ce que l'on savait déjà, à savoir qu'à Madrid comme ailleurs, ce sont les figuras qui remplissent.

Pour que l'analyse soit complète, il eut été intéressant de programmer aussi, par exemple, une corrida d'Escolar ou de Victorino, afin de savoir si elles faisaient mieux, ce que l'on peut espérer mais dont on peut douter.

Faut-il pour autant faire le constat d'une perte d'audience de la fête taurine dans la capitale ? Pas davantage qu'il ne faudrait conclure à la décadence de l'industrie cinématographique au regard des audiences réalisées par des films sans succès, ou à celle du sport-roi, le foot, au vu des entrées d'un match de troisième division dans les faubourgs de la capitale. Car dans le même temps, voire dans les mêmes salles, Avatar fait un carton et pour les Real-Barça certains hypothèquent leur maison... tout comme certains seraient prêts à le faire pour venir voir toréer José Tomas à Las Ventas.

Une fois de plus se pose le problème de la nature du public des arènes et de la proportion existante entre aficionados chevronnés et aficionados occasionnels. Ces derniers, qui se voient souvent nier le droit d'en porter le titre, sont bien sûr les plus nombreux, de même que les spectateurs d'Avatar sont plus nombreux que les cinéphiles. Ce qui avait incité Jesulín, au sommet de sa gloire mais en butte aux critiques des puristes, à déclarer lors d'une émission de télévision, qu'à la manière des radicaux français qui tenaient congrés dans une cabine téléphonique, les aficionados rentraient tous dans un seul autobus...

Pour son retour dans les ruedos, à Vistalegre, c'est l'autobus de ses suporters qui était bien vide, et son apoderado, Pepe Luis Segura, a eu beau faire remarquer que le Corte Ingles avait remboursé 600 places à l'annonce du forfait du torero, les travées désespérément vides du Palacio de Vistalegre montraient l'étendue de la ruine. En outre, pas grand monde ne croit à l'accident campero : que Jesulin, comme il a été dit, se soit blessé en afeitant un toro dans sa finca provoque au contraire quelques commentaires hilares où il est fortement question d'une justice immanente qui se serait abattue sur le torero.

André Viard