Tentadero de La Quinta, samedi.

LA VERITE DU CAMPO


Le doute nourrit le savoir et l'expérimentaton enrichit la connaissance. Ce qui explique qu'en matière taurine, ce n'est ni dans les livres ni dans les tertulias que l'aficion mûrit, mais au campo.

Je n'ai pas souvenir d'une finca où l'on m'ait refusé l'entrée, quand, étudiant-torero, je m'échappais dès que possible pour essayer de percer les secrets de cet art qui m'attirait et dont je ne trouvais dans les revues et les livres qu'une image déformée de la réalité entrevue dans l'arène.

Et je n'ai pas connaissance d'aficionados qui aient été davantage interdits d'entrée quand ayant passé le portail d'une finca ils sont arrivés par hasard un jour de tentadero. Au plus, et c'est bien le moins, on leur aura imposé le silence afin de ne pas perturber ce moment fondamental dans la vie d'une ganaderia.

Cette semaine, je suis allé une nouvelle fois vérifier cette vérité première : pour comprendre la corrida il faut d'abord comprendre comment chaque toro embiste, sachant que chaque encaste possède son timing particulier, sa façon de mettre la tête et de galoper...

Ramon Sanchez, Torrestrella, Dolores Aguirre, La Quinta. Quatre ganaderias pour quatre encastes différents, des Martinez-Ybarra-Graciliano d'abord, des Rincon-Tamaron ensuite, des Atanasio et des santa coloma enfin. Et quatre manières de se comporter en piste, avec des variations bien sûr, qui sont pour tout aficionado un magnifique champ d'investigation, pour tout torero un indispensable champ d'expérimentation et pour tout critique une revigorante école d'humilité. Car sans cette base de connaissance complexe mais passionnante, aucun avis ne saurait être autorisé faute de porter atteinte à la vérité fondamentale sur laquelle repose la lidia.

André Viard