L'EQUATION ATURINE


La consultation ouverte à Aire en vue de déléguer l'exploitation des arènes touche à sa fin. Un seul candidat s'est présenté, ce qui en dit long sur l'état du marché.

Ce n'est pas que Aire soit une mauvaise arène ou que les empresas successives aient mal travaillé, mais elle n'a jamais trouvé son identité ni réussi à fidéliser une proportion suffisante de la population locale, peut-être parce que la ville a choisi d'en déléguer l'exploitation à des empresas de passage plutôt que d'en assumer directement la gestion. Au début, Rafael Garcia qui collabora avec la première équipe tenta d'y lancer les corridas. Le no hay billetes inaugural cachait une forêt moins giboyeuse. Les novilladas semblaient s'imposer.

Puis Simon Casas débarqua et les figuras avec lui, sans que les entrées ne soient à la hauteur de la qualité des affiches. Michel Lagravère passa alors par là, avec un lot de Pablo Romero, sans plus de succès. Et après une période confiée à Hubert Yonnet, l'option torista fut renforcée avec le ganadero de Palha qui peu à peu se fatigua à son tour. Jalabert et Lartigue prirent alors la suite, revenant à des cartels plus conventionnels et à des entrées à peine rentables, ce qui explique leur choix de ne pas se représenter, estimant que dans les conditions du cahier des charges actuel il n'est pas possible à une empresa privée de pouvoir travailler.

Car le problème d'Aire, ce n'est pas tant le manque d'affluence chronique lors de la corrida des fêtes - avec un peu de chance et beaucoup de savoir-faire des professionnels peuvent défendre leur affiche malgré les 20% de TVA prélevés par l'Etat - mais la quantité invraisemblable de spectacles mineurs qu'ils doivent aussi assumer : une novillada piquée le 1er mai, avec une sans chevaux matinale, et une autre sans chevaux matinale le matin de la corrida.

Exception faite de la période faste au cours de laquelle Juan Buatista, Castella et Fandi amenèrent du monde aux novilladas, celle dite des "Arsouillos" car elle correspond à la fête de la banda locale a toujours été un gouffre financier. Des deux sans chevaux matinales ne parlons même pas, ce qui explique qu'en ouvrant sa taquilla pour la corrida des fêtes, l'empresa en place part avec, au bas mot, un déficit de 20.000 euros. Et pour peu que le jour de la corrida le temps ne soit pas au beau, ce sont 10 ou 15.000 euros supplémentaires que l'on peut inscrire dans la rubrique "pertes", toujours en faisant preuve de savoir-faire.

Dire que Aire est une arène en danger n'est pas exagéré, et il faut féliciter l'empresa Caltoro pour le courage dont elle fait preuve en postulant pour prendre la suite alors que précisément le marché n'est pas porteur et que la conjoncture est difficile.

Ce qui retarde l'échéance pour trois années au moins (au prix de 90.000 euros peut-être si la tendance ne s'inverse pas) mais n'exonèrera pas le mundillo aturin d'une nécessaire réflexion dont le but sera de redéfinir des objectifs raisonnables pour ses arènes, faute de devoir un jour, si plus aucun professionnel ne souhaite se présenter au regard des pertes probables, organiser lui-même les spectacles superfétatoires imposés par le cahier des charges. À moins de les supprimer.

André Viard