CARTES SUR TABLE


Les déclarations se multiplient, le ton monte, la presse se laisse aller à des commentaires, et il ne serait pas surprenant qu'un vrai débat ait lieu sur ce qui est le grand sujet de cette temporada : l'économie de la Fiesta.

Ce qu'il faudrait éviter, et ce que l'on peut craindre, est que ces échanges qui risquent d'être musclés ne débouchent que sur un dialogue de sourd et que le but de cette discussion à distance ne soit que de lancer des contre-communications pour justifier des postures respectives sans aucune intention de les rapprocher.

Si c'est le cas, le monde taurin apporterait la preuve d'un certain autisme face aux légitimes préoccupations de ceux qui s'inquiètent pour sa bonne santé, dont la situation de quelques arènes permet de dire qu'elle devient préoccupante.

Chacun sait bien qu'en les torturant bien on peut faire avouer aux chiffres tout et son contraire. Et chacun sait bien aussi que tout bilan peut être sujet à des interprétations opposées. Mais ce que tout le monde comprend est que comme tout commerce l'exploitation d'une arène répond à une loi simple : d'un côté les dépenses, de l'autre les recettes.

Les premières, et en Espagne bien plus qu'en France, sont arrivées à un niveau tel qu'il ne devient plus possible de rentabiliser une temporada. Car si l'on ajoute à la TVA sur les recettes le loyer souvent exorbitant qu'exigent lors des appels d'offres les collectivités qui en sont propriétaires, ce sont parfois 30 ou 35% de celles-ci qui s'évaporent avant même que l'empresario ait le droit de mettre les mains dans la caisse.

Avec ce qui reste il faut donc assurer les frais fixes de l'empresa, payer les frais d'infrastructure et d'organisation, la sécurité sociale sur les cachets des toreros, les cachets et les toros... et prévoir au passage une marge bénéficiaire fut-elle minime sans laquelle l'exploitation de l'arène deviendrait une activité bénévole, ce qui est rarement le cas et ne rassurerait pas les financiers qui soutiennent les empresas.

En répondant à Enrique Paton que les honoraires de Morante équivalent à un peu plus de 900 places à l'ombre, disons mille et les plus chères, son apoderado situe leur niveau autour de 130.000 euros environ. Mais quelle recette une arène comme Castellon peut-elle réellement faire ? Là est la vraie question.

Car s'il suffisait d'empiler les toreros et les toros par tranches de mille places comme Sanchez Benito le suggère, peut-être obtiendrait-on sur le papier un résultat positif pour l'empresa, à condition que l'arène se remplisse, ce qui reste à démontrer. Et si c'était le cas, aucune arène ne connaîtrait de problème et les derniers appels d'offres ne se seraient pas soldés par un déficit de candidats.

Il faut donc torturer encore un peu les chiffres pour connaître la vérité, et je ne doute pas, maintenant que la presse commence à s'intéresser à un problème que nous avons peut-être eu tort de poser un peu trop tôt (Mundotoro a ouvert le dossier et il est donc prévisible que la presse quotidienne suivra), que le principe d'une mise à plat du système ne soit bientôt admis, sinon par tous ceux qui y participent mais du moins par ceux qui aujourd'hui sont en posture délicate. Ira-t-on jusqu'à poser toutes les cartes sur la table ? C'est ce qu'il faut souhaiter.

André Viard