COUP DE SEMONCE


Enrique Paton, comme tout bon professionnel, sait parfaitement manier la langue de bois. Mais il sait aussi, quand c'est nécessaire, mettre les points sur les "i". En l'occurence, sur le cas du Juli.

Lors de l'annonce des cartels de Castellon dans lesquels les absences de Ponce, Morante, Castella et Juli ont été remarquées, Paton a tenu à expliquer le pourquoi de chaque cas, mais c'est sur celui du Juli qu'il s'est montré le plus explicite. En substance, selon Paton, le Juli ne justifie pas à la taquilla les honoraires qu'il souhaite percevoir dans la mesure où les deux dernières années il est resté de nombreuses places à vendre les jours où il était au cartel à Castellon.

Expert en politique taurine, Paton n'a pas envoyé ce coup de semonce par hasard. Lorsque l'on sait que le Juli est le maître étalon sur lequel tous les autres toreros veulent se positionner (en terme commercial s'entend), l'avertissement de Paton a valeur de symbole pour l'ensemble de la profession : il faut, dit Paton si on le lit bien, remettre les pieds dans l'économie réelle et revoir l'échelle des honoraires en fonction des entrées, même si cela passe par l'exclusion douloureuse de toreros dont le rapport prix-rentabilité s'avère déficitaire.

Je n'ai rien dit d'autre depuis quelques semaines, mais l'argument étant désormais développé par un empresario chevronné, cela lui donne beaucoup plus de crédibilité et remet à leur niveau les commentaires bien mal venus de certains qui n'avaient voulu voir dans mes propos que des attaques personnelles vis-à-vis de tel ou tel torero qu'ils s'étaient empressés de défendre sans vérifier si les faits étaient avérés, ce qui était pourtant facile - et l'est toujours - puisqu'il aurait suffi de se faire confirmer par les arènes concernées les renseignements que j'avais obtenu d'elles.

Le problème est donc désormais sur la table - il concerne pour l'instant trois ou quatre toreros sur le marché français - et les journalistes peuvent donc faire leur métier, puisqu'un empresario leur offre l'info sans qu'ils aient besoin d'enquêter... ni de faire preuve de courage en abordant de vrais problèmes que personne ne souhaiterait évoquer.

Je ne parle pas ici de quelques grands malades incurables qui feraient mieux de consulter plutôt que de se défouler en diabolisant certains acteurs du monde taurin, toujours les mêmes, au profit de quelques autres, souvent les mêmes aussi, mais des vrais journalistes désireux de faire correctement leur métier. Car il ne serait ni très honnête, ni très sérieux, au regard de l'enjeu qui n'est autre que la bonne santé financière de nos arènes, lesquelles sont confrontées à la surenchère inopportune des toreros à un moment où la crise qui se profile exigerait au contraire davantage de réalisme et de solidarité, de surfer sur des polémiques stériles plutôt que de chercher la vérité. Car à un moment où le pouvoir d'achat baisse - celui des aficionados et donc celui des arènes - il n'est pas possible que le coût du spectacle continue d'augmenter.

André Viard