La jeune génération dans le ruedo


LA CRUAUTE EST DANS LE REGARD DE L'AUTRE


Bien sûr, ce n'est pas aux antis qu'il faut nous adresser à l'heure de défendre la légitimité de la culture taurine, et bien sûr ce n'est pas eux qu'il faut convaincre du bien-fondé de notre détermination.

Mais en regardant évoluer ces milliers de jeunes aficionados dans l'immense ruedo de l'amphithéâtre nîmois, la question qu'il conviendrait de leur poser, si nous trouvions un quelconque intérêt à le faire, est de savoir comment peuvent-ils légitimement, sans rougir et en restant crédible, prétendre qu'il s'agit là d'autant de jeunes pervers uniquement attirés par la cruauté qu'ils portent sans doute dans les gènes puisqu'ils sont nos enfants ?


Que la violence existe dans l'arène, personne n'en disconvient, puisque l'art du toreo consiste précisément à la sublimer en imposant à la sauvagerie de l'animalité la volonté, l'intelligence et le courage de l'homme. Mais de cruauté, point. Le combat de l'arène en est exempt et les aficionados ne sont à aucun moment motivés par elle et les toreros encore moins. La cruauté, en fait, n'existe que dans le regard des anti taurins (de même que l'art existe dans le regard du spectateur), ce qui n'a rien de surprenant dans la mesure où elle existe aussi dans leurs actes.

Et il suffit de lire leur prose ou de voir leurs manifestations pour s'en convaincre : il y a bien plus de violence et de haine dans chacune de leurs actions qu'il n'y en a jamais eu dans l'arène. Quelle cruauté plus grave que de vouloir couper des enfants de leur culture ? Quelle violence plus condamnable que de vouloir interdire à des parents de transmettre ce qu'ils considèrent être une part importante de leur identité ?

Notre société, malheureusement, est prise dans une dérive grave où l'on n'hésite plus à condamner son prochain du fait de sa singularité. Il en résulte de nouveaux conflits inter communautaires dont le risque n'est pas mince de les voir dégénérer. Que quelques activistes radicaux aient donc décidé de montrer du doigt la Communauté du Taureau n'a donc rien de surprenant en soi. Ce qui est nouveau, c'est que la sagesse républicaine qui a jusqu'ici fait barrage à tant de chasses aux sorcières potentielles n'opère plus.

Et en ce qui nous concerne, ce sont ces enfants qui jouent dans le ruedo nîmois et touchent du doigt la réalité de l'arène, que l'on expose en proie.


André Viard