HELLO DOLLY !


En mars 2009, sauf imprévu, naîtront d'autant de mères porteuses quelques clones du toro Alcalde, fleuron de la ganaderia de Victoriano del Rio, et tout indique que le débat risque d'ici là de s'amplifier.

Alcalde, aujourd'hui âgé de seize ans, est depuis de nombreuses temporadas le semental préféré de Victoriano del Rio en raison des plus de vingt toros de puerta grande qu'il lui a donné. Plus tous ceux qui ne le furent pas par la faute de quelques toreros qui ne surent pas profiter de leurs qualités.

Les clones à naître possèderont-ils les mêmes qualités que celui de qui ils possèderont le patrimoine génétique, voire de ses fils qui eux n'en possédaient que la moitié, ce qui serait très bien quand même ? Telle est la glorieuse incertitude de ce projet coûteux (30.000 euros), dans la mesure où les ganaderos aiment à préciser que dans la constitution de la "personnalité" du toro, le manejo, c'est à dire l'acquis du fait de son vécu, entre pour moitié. Le doute existe donc, et Victoriano en est conscient, de même que quelques autres ganaderos (et un rejoneador) qui, sans en faire de publicité, ont également demandé à la société Viagen de cloner certains de leurs produits.

Ceux-ci sont conscients aussi que dans un milieu très ancré dans les traditions, tout échec serait amplifié. Certains n'ont d'ailleurs pas hésité à faire part de leur mécontentement à Victoriano del Rio, lequel... s'en fiche, persuadé que l'on oubliera très vite leur origine si les clones embistent.

En 1989 déjà, il avait payé 100.000 pesetas pour chaque échantillon de sperme d'un reproducteur d'une race laitière et grâce à cette audace la production des siennes était passée de 23 litres à 30 quotidiens... En 1997, quand l'annonce avait été faite de la clonation de la brebis Dolly, il avait demandé combien coûterait cloner Aldeano, le toro qui est le père de sa ganaderia, mais les 150 millions de pesetas (900.000 euros) qui lui avaient été demandés à l'époque l'en avaient dissuadé. Mais depuis les prix ont baissé.

Le 10 mars prochain, José Córdoba, vétérinaire de la société Viagen, prélèvera donc des tissus sur Alcalde et les emportera aux USA dont le département d'Agriculture a autorisé l'entrée. Là-bas, dans un laboratoire texan, le noyau d'une des cellules sera extrait et injecté dans l'ovule d'une vache que l'on aura préalablement vidé de son ADN afin que l'embryon possède la charge génétique de son père exlusivement. Puis l'opération se reproduira pour cloner une série de petits Alcaldes.

Les embryons seront ensuite renvoyés à Madrid pour être implantés dans diverses mères porteuses, braves ou pas, opération pour laquelle aucune autorisation n'a encore été demandée, le ganadero précisant que ce processus n'est pas concerné par la loi qui concerne les OGM... ce qui est pourtant le cas. Interrogé à ce sujet, le ministère de l'agriculture espagnol n'a toujours pas donné sa position.


Pour de nombreux vétérinaires, le clonage ne semble pas présenter grand intérêt, pas plus en tous cas que l'insémination artificielle qui elle a déjà donné de nombreux résultats, et qu'il présente en outre un grave défaut : il ne permet pas d'améliorer la race. Certains confrères ont d'ailleurs même fait remarquer perfidement que si Victoriano del Rio clonait Alcalde, c'est que depuis douze ans que celui-ci procrée il n'avait pas amélioré sa lignée... tout en précisant qu'ils comprenaient le côté sentimental de son projet.

Réponse en 2013 quand les clones de Alcalde seront lidiés.


André Viard