VERS UNE CRISE GANADERA ?


L'inflation que l'on constate au niveau des honoraires de nombreuses figuras pourrait entraîner à terme des difficultés sérieuses pour une majorité de ganaderos qui ont vu parallèlement augmenter leurs coûts de production sans pour autant pouvoir les répercuter sur leurs prix de vente.

Salaires du personnel, prix des céréales, taxes diverses et coût de la vie sont en passe de grever sérieusement l'économie des ganaderias espagnoles qui vendent leurs toros au même prix qu'il y a de nombreuses années. Une situation préoccupante qui a déjà débouché sur quelques conflits, comme dans le cas de Nuñez del Cuvillo laissé dehors de la feria de Séville où l'empresa n'a pas accepté la moindre augmentation.

Très mécontents de cette situation, les ganaderos n'en sont pas moins responsables de la baisse de cotisation de leurs produits, la surproduction que l'on déplore depuis de nombreuses années ayant pour effet de mettre sur le marché un nombre trop important de toros, ce qui rend difficile l'augmentation des prix. Réguler le marché serait bien sûr la solution, mais les 1100 ganaderos répartis en quatre organisations professionnelles ne sont pas prêts de se mettre d'accord, d'autant que leurs intérêts divergent, certains d'entre eux considèrant leur ganaderia comme un hobby et n'attendant pas qu'elle assure leur train de vie.

Les grands perdants sont les ganaderos traditionnels possédant des encastes dont ne veulent pas les toreros, tandis que les gagnants se situent du côté de ceux dont les toros sont les favoris des figuras, et qui, grâce au fait que ceux-ci les imposent, vendent mieux leurs produits. Exception aussi, les ganaderia de Miura et Victorino dont la valeur ajoutée et l'attrait exercé sur le public leur tient lieu de garantie.


Il en résulte une grande disparité de prix, une minorité de ganaderias commercialisant ses toros au mieux tandis que la majorité des autres tire le diable par la queue. Selon une enquête parue dans El Pais, les ganaderias privilégiées toucheraient entre 24.000 et 30.000 euros pour une corrida destinée à une arène de troisième catégorie, de 42.000 à 50.000 euros pour celles de seconde et de 78.000 à 90.000 euros pour celles de première. En revanche, le prix moyen des ganaderias "secondaires" s'établiraient autour de 25.000 à 28.000 euros, tandis que certaines corridas peuvent être achetées pour 15.000 et jusqu'à 9.000 euros... Des chiffres à comparer avec le prix de revient de l'élevage d'un toro de quatre ans dont le coût s'élèverait selon la Union des Ganaderos de 4.000 à 4.500 euros.

De là à penser que la ganaderia brave est une ruine pour bon nombre de ganaderos il n'y a qu'un pas, ce qui force le respect et démontre le haut degré d'aficion de ceux sans qui la race du toro de combat serait en grand danger. Mais ce qui permet de s'interroger aussi sur l'argument économique du recours aux "fundas" si contreversées... S'il y a déjà trop de toros, pourquoi donc vouloir à tout prix lidier tous ceux qui naissent au risque de porter un mauvais coup à leur authenticité ?


André Viard