LA DOUBLE PEINE DE DIGITAL PLUS


Comme nous l'avions laissé entendre ici la semaine dernière, la chaîne à péage Digital Plus se prépare à annoncer un "abonnement réservé aux abonnés" afin que ceux-ci puissent suivre tout ou partie de la feria d'avril de Séville... en payant une légère surtaxe.

Et l'annonce se fait par petits bouts, Digital Plus étant manifestement désireux d'appâter d'abord le client déjà abonné en étalant ses charmes, avant d'annoncer la douloureuse. Combien coûteront les huit heures de programmes taurins quotidiens, de 17 heures à 1 heure du matin
? Nul ne le sait encore, mais on peut imaginer que le supplément que devront payer les abonnés sera équivalent à ce qu'ils payent déjà pour voir les matchs de foot sur la même chaîne, entre 5 et 10 euros.

Pourquoi cette double peine appliquée aux fidèles abonnés ? L'affaire remonte au dernier appel d'offre madrilène en prévision duquel, face aux baisses récurrentes de budget imposées par la chaîne à péage à l'empresa de Las Ventas depuis qu'elle est en position hégémonique sur le marché, le candidat qui semblait le mieux placé pour l'emporter - Simon Casas - avait décidé de changer de partenaire.

Faisant l'impasse sur Digital Plus, celui-ci avait ébauché une négociation à la hausse avec la 6, nouvelle chaîne espagnole désireuse de faire un coup d'éclat en soufflant le prestigieux marché des corridas. Et la négociation était tellement avancée que pour ne pas perdre les millions d'abonnés que la chaîne conserve grâce aux toros Digital Plus avait opté pour offrir à l'empresa de Séville de téléviser sa feria. Ce qui explique la magnificence de sa programmation.

Casas ayant été une fois de plus évincé de Las Ventas de manière plus que douteuse (l'affaire est entre les mains de la justice), Digital Plus retrouvait donc la feria de San Isidro qu'il pensait avoir perdu mais que les Choperitas s'étaient engagés à lui laisser téléviser... en plus de la feria de Séville pour laquelle elle avait passé un accord de principe avec Canorea.

Une aubaine pour les aficionados, un plus certain pour l'empresa de la Maestranza, les toreros et les ganaderos, mais une grosse dépense supplémentaire pour la chaîne qui allait donc devoir offrir à ses abonnés deux ferias pour le prix d'une.

La solution était alors toute trouvée : laisser San Isidro en clair pour les abonnés et offrir à ses derniers la possibilité de payer pour voir Séville. Pay per vew pour abonnés, une double peine que personne n'ose encore nommer mais que peu de monde sans doute s'aventurera à condamner : voir l'intégralité de la feria de Séville confortablement installé dans son salon avec les amis de son choix pour une surtaxe équivalente sans doute à deux places dans les tendidos, qui oserait ?

André Viard