HOMMAGE À LA FRANCE TAURINE ?


Avec le génie de l'improvisation qui la caractérise, l'Espagne des toros a rendu un hommage surréaliste à la France taurine, représentée à Séville par les français... qu'on y a trouvé.

Loin de moi l'intention de dénier aux heureux récipiendaires le droit de représenter le secteur taurin français, mais force est de constater que pour un hommage présenté comme important, voir le trophée remis à un nouveau ganadero que peu d'aficionados connaissent chez nous pour la simple raison qu'il y a peu lidié n'est pas de nature à donner une image représentative de ce qui se passe dans nos arènes.

Si la France taurine avait voulu honorer l'Espagne des toros, aurait-elle mis les petits plats dans les grands pour recevoir en grandes pompes Pepe Dominguez ou Francisco Rodriguez, éleveurs inconus et imaginaires d'une association ganadera lambda, ou aurait-elle convié à la fête les noms que chacun est en mesure d'énumérer : Eduardo Miura ou Victorino Martin pour les ganaderos, les familles Chopera, Canorea, Lozano ou Balaña pour les organisateurs, El Juli, Morante ou Ponce pour les toreros ?

La seconde hypothèse me semble être la bonne, ce qui tend à confirmer, soit que l'hommage rendu à la France l'a été à la légère, soit que les représentants les plus en vue du secteur taurin français n'ont pas daigné s'y présenter si tant est qu'ils aient été invités.

Dans les deux cas l'hommage y perd de sa superbe et si l'intention était louable sa mise en pratique ne l'est pas. À toute chose malheur est cependant bon, et ce faux pas qui serait dérisoire s'il ne mettait en lumière une nouvelle fois l'absence, en Espagne, de vision d'ensemble à long terme de l'avenir de la tauromachie, et en France d'organe représentatif polymorphe dans lequel on retrouverait les représentants de tout le secteur taurin français, doit servir de leçon.

D'un côté et de l'autre des Pyrénées, empétré dans ses luttes d'influence et ses conflits d'intérêt, le monde taurin marche sur la tête : amateurisme dans la réflexion d'un côté, dispersion des forces vives de l'autre, l'hommage aura eu au moins l'avantage de mettre en évidence ce qu'il nous reste à améliorer.


André Viard