LA CORRIDA A ÉTÉ ABOLIE EN FRANCE !

On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer, mais le désordre mental qui s’est emparé de notre société produit des effets si pervers que toutes les provocations semblent devenues possibles. Parmi celles que chacun peut observer dans les aléas de la vie politique, il en est une qui ne peut qu’interpeller les aficionados : samedi, lors des « assises du monde animaliste et de la biodiversité », le peuple français a aboli la tauromachie à l’unanimité.

Si j’avais du temps à perdre dans un procès, je me livrerais à une étude comparée entre les méthodes de propagande utilisées par tous les mouvements subversifs qui perturbent le bon fonctionnement de la planète et n’ont pour autre but que d’y imposer un ordre nouveau à leur profit. Les faits, mis en perspectives, seraient édifiants, et montreraient comment, à partir de quelques bons sentiments, une machine effrayante peut se mettre en branle, sans que ceux qui la cautionnent n’aient conscience du rôle abject qu’on leur fait jouer.

C’est ainsi que samedi, lors de la cérémonie d’ouverture des très confidentielles « assises du monde animaliste et de la biodiversité » qui se sont tenues dans une salle parisienne, « la tauromachie a été abolie au nom du peuple de France, majoritairement favorable à l’abolition de la tauromachie ».

Une information qui ne peut qu’interpeller tous les maires investis au sein de l’UVTF dans un combat pour la reconnaissance de la culture taurine, et qui sont, aujourd’hui, le vrai rempart institutionnel dont on attend qu’il fasse barrage à cette diarrhée verbale produite par des mouvements anti systèmes qui, par leurs propos et leur comportement, reproduisent à l’identique les travers qu’ils dénoncent chez les autres.

La liste des participants à cette triste pantomime pourrait prêter à sourire, s’il n’était prévisible que les medias nationaux donneront un écho certain à leur annonce, la crédibilisant ainsi aux yeux des citoyens qui, heureusement, zappent de plus en plus vite les éléments du quotidien pour se concentrer sur le seul qui leur importe : le leur, avec le long cortège de désagréments que la vie en société malade réserve à chacun.

En tête de gondole de ce collectif qui milite donc pour la biodiversité en préparant l'éradication du toro brave, on trouve l’ineffable Roger Lahana, Ana Galore de son nom d’artiste, qui dans une vie précédente avait essayé d’inventer le viagra féminin en se livrant à des expérimentations sur des souris. Comme défenseur des animaux, on doit trouver plus crédible. Roger Lahana, comme chacun sait, est le nouveau cerveau du CRAC, et grâce à cette initiative parisienne à laquelle il a participé, il espère braquer les feux de la rampe sur le procès des aficionados qui seront jugés à Nîmes cette semaine pour les événements de Rodilhan en 2011.

Au risque de lui casser ses effets, le résultat de ce procès est malheureusement déjà écrit : ne pouvant démontrer la responsabilité écrasante de l’organisateur de l’agression dont ils ont été victimes, puisqu’il ne comparaîtra pas pour raisons médicales, les aficionados prévenus, dont le maire de Rodilhan, seront condamnés. Et ils le seront d’autant mieux que les organisateurs de la manifestation taurine que les animalistes radicaux prétendaient empêcher, n’ont pas porté plainte à leur tour pour atteinte à la liberté d’expression et culturelle, ainsi qu’il leur avait été demandé. En clair, ni le maire de Rodilhan – qui est pourtant dans la charrette – ni le Centre de Tauromachie, n’ont jugé utile de lancer des procédure de comparution directe à l’encontre des envahisseurs, pour compenser l’enquête à charge menée contre les aficionados.

Ceci remet-il en question la légitimité de la corrida ? Bien sûr que non. Le procès de Rodilhan, tout comme le spectacle qui en est à l’origine, est un épiphénomène que l’on ne saurait ériger en symbole de quoique ce soit.

Ce qui est davantage symbolique est la mise en scène théâtrale d’une déclamation vide de sens à Paris, dans le cadre d'assises pompeuses mais confidentielles dont la seconde journée se tiendra à Nîmes à l’occasion de ce procès, à l’instigation de l’Institut Citoyen du Cinéma (une autre coquille creuse), « au QG des abolitionnistes qui sera installé prés du Tribunal, face aux arènes ». Et pour ratisser large, on y débattra des enjeux de la COP22. L’amalgame permet de faire ventre et de crédibiliser quelques mensonges accolés à des vérités.

Je ne résiste pas au plaisir de vous livrer in extenso la conclusion de cette déclaration surréaliste dont les accents rappellent ceux de Podemos qui, en Espagne, est en train de bloquer le fonctionnement démocratique des institutions : « Le peuple de France, majoritairement favorable à l’abolition de la tauromachie, exerce sa souveraineté telle que définie à l’Article-3 de la Constitution. En effet, aucune loi n’est au-dessus de la Constitution, aucun représentant du Peuple n’est au-dessus de la souveraineté du Peuple ». À un détail prés, chacun pourrait souscrire à cette déclaration révolutionnaire, si, précisément, le Conseil Constitutionnel n’avait estimé de manière définitive que l’exception culturelle réservée à la tauromachie est conforme à la Constitution. Ce dont les promoteurs du happening n’ont que faire. L’important pour eux était de proclamer que « Le peuple de France, majoritairement favorable à l’abolition de la tauromachie, décrète à l’unanimité, que la tauromachie est abolie en France ». Chacun ayant compris bien sûr que le Peuple unanime leur a donné mandat pour parler en son nom.

À cette élite auto proclamée d’activistes sans scrupule, il convient donc de rappeler que le peuple français s’exprime dans les urnes, et que le principe de laïcité est la poutre maîtresse sur laquelle repose la construction intellectuelle du droit républicain. En vertu de celui-ci toutes les religions sont respectables mais aucune n’est plus légitime que le droit à ne pas les partager. Il en va de même pour l’idéologie sectaire animalistes, véritable religion des temps modernes : on peut y adhérer, mais on n’a pas le droit de l’imposer.

André Viard