LA GRANDE PARADE



Les masques tombent peu à peu et plus personne ne doute désormais que l'on assiste bien à une véritable OPA du Juli sur les arènes, avec pour objectif de faire tomber les grandes et moyennes empresas, dans le but bien sûr de les remplacer afin de boucler la boucle et de contrôler à terme totalement le marché.

Le dernier épisode de cette minutieuse manoeuvre d'encerclement qui a débuté par le coup bas porté à la Maestranza consiste en un lancement de "tournée" à l'américaine, ou plutôt à la méxicaine, prenant ainsi de court toutes les arènes qui l'ont engagé et n'ont toujours pas bouclé leur programmation. Outre le fait qu'il s'agit d'un geste peu élégant, il s'agit surtout d'une manière de signifier aux empresas qu'elles ne sont plus que de simples dates sur l'agenda de la star, et que les efforts qu'elles entendent faire pour promovoir leurs ferias passent au second plan.

Le Juli annoncera donc sa saison comme l'on annonce les étapes du Tour de France, ou comme le cirque Pinder annonce le sien, ce qui revient à signifier aux autres toreros et aux organisateurs qu'ils sont des quanttés négligeables et que s'ils veulent faire partie de la tournée ou la voir passer chez eux il faudra accepter les conditions du patron.

La Champion's League dont parlait tant Juan Pedro Domecq est donc sur le point de naître, et elle se fera sur la base d'arènes et d'organisateurs complaisants, de compagnons de cartel soumis d'avance et de ganaderias prêtes à tout pour ne pas être débarquées du projet : la caravane Pacouli et sa ménagerie font chauffer les moteurs, et le lancement de la tournée, comble de perfidie puisqu'il s'agit de faire passer cela pour de la Culture, se fera depuis le Cercle des Beaux-Arts madrilène où un happening est programmé.

Morante, pour sa part, annoncera lui aussi bientôt la liste des corridas auxquelles il va participer cette année, et le point commun entre les deux toreros est que tous deux sont apodérés désormais en partie au moins par des empresas mexicaines, immensément riches et puissantes, et que l'on dit désireuses de s'implanter en Europe. J'en ai déjà parlé et en reparlerai sans doute encore à mesure que l'on verra se concrétiser les projets.

Troisième homme de la grande parade, Manzanares a fait coup double cette semaine : l'annonce de sa coopération avec une grande agence de communication d'une part, et un communiqué surréaliste ensuite, dans lequel il verse des larmes de crocodile sur son absence forcée de Séville. Forcée parce qu'il l'a décidée, ou le juli pour lui, tout en précisant qu'il est le premier à souffrir de son absence d'une arène où on lui a tant donné et où il n'a jamais été mal traité financièrement.

Pour l'instant, Talavante et Perera se taisent. Ce qui est fort dommage, car ils ont tous deux les qualités nécessaires pour jouer un autre rôle que les utlités, lequel leur sera pourtant dévolu par le patron dans sa tournée.

Ces grandes manoeuvres qui agitent le sommet et indisposent tous les autres étages du mundillo - le Juli n'a jamais autant fait l'unanimité qu'aujourd'hui - Jean-Louis Fourquet les aurait sans doute considérés d'un oeil plutôt indifférent. Lui qui avait décidé de monter l'ADAC en achetant ses cigarettes pour offrir aux aficionados una alternative à ce que le mundillo avait déjà de conformiste, voguait à mille lieux de ces luttes de pouvoir méprisables qui tiennent lieu aujourd'hui de plan de carrière aux stars de l'arène.

J'aurais bien sûr du lui rendre hommage plus tôt, même s'il n'en souhaitait aucun, mais une mauvaise grippe m'a tenu éloigné de mon clavier quelques jours. Et puis, n'ayant signé aucun engagement, je ne me sens pas davantage lié par un quelconque devoir de réserve à l'heure de parler de lui en bien, que je ne le suis pour dire tout le mal que je pense de l'ambition déplacée du Juli à un moment de notre histoire où seul un formidable élan de solidarité pourrait nous permettre d'inverser la tendance.

Un élan de solidarité, et quelques dizaines de rêveurs impénitents à la manière de Jean-Louis et de ses amis, qui, depuis vingt ans, apportent la preuve que l'on peut faire autrement, qu'il n'existe aucune fatalité et que l'on peut résister à l'emprise de ce poulpe froid et goulu que l'on appelle le marché. Un marché aujourd'hui complètement déboussolé par la faute d'un secteur professionnel incapable de s'unir pour se restructurer. Ce dont profite qui vous savez, au lieu d'user de son pouvoir en bien, c'est à dire pour impulser la véritable refonte du système dans l'intérêt du plus grand nombre et non seulement du sien.

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André Viard