SÉVILLE SANS TÉLÉ ?


Le risque de voir Canal Plus renoncer à téléviser la feria de Séville existe mais à cette heure rien n'est encore décidé. Une ultime négociation doit avoir lieu, et l'on saura alors l'étendue réelle des dégâts de la fameuse croisade du G10 qui, pour mieux négocier ses droits d'image, risque bien de priver de feria d'avril les aficionados ne pouvant assister à la feria depuis les arènes.

Tout est bien sûr affaire de budget : l'empresa veut plus d'argent et Canal Plus payer moins. La clé du problème réside dans l'équilibre que l'une et l'autre sont susceptibles de trouver, en tenant compte bien sûr des desiderata des toreros. Vaut-il mieux pour l'empresa ne pas téléviser en espérant faire venir plus de monde aux arènes, ou prendre l'argent de la télé au risque de voir des spectateurs potentiels pantoufler chez eux ?

Posé autrement, le problème est de savoir si l'on veut faire de la feria de Séville un évènement réservé à une élite que l'on souhaite ramener aux arènes, ou si l'on préfère utiliser le formidable impact médiatique de la feria d'avril pour promouvoir la tauromachie dans son ensemble, en permettant notamment à ceux qui ne peuvent s'offrir l'abonnement à la Maestranza de suivre tout de même les corridas devant la télévision.

Si cette équation était posée globalement à tout le secteur taurin, en le plaçant devant sa responsabilité collective, je veux croire que la seconde solution serait retenue et que chacun accepterait une part de bénéfices conforme à l'enveloppe globale. Malheureusement, une fois de plus, aucune concertation globale n'est prévue, et le problème se règlera en fonction exclusivement du bras de fer que l'empresa impose à la télévision qui, si elle perd Séville, perdra beaucoup de son prestige, voire de son intérêt.

Car elle a beau promettre une programmation alternative de qualité, personne ne peut penser que des corridas retransmises depuis des arènes de seconde catégorie peuvent convaincre les aficionados de continuer à s'abonner. Et lorsque l'on sait que dans notre société ce qui ne paraît pas à la télé n'existe qu'à la marge, le risque n'est pas négligeable de voir le phénomène de désaffection se précipiter.

André Viard